Bertrand Vergely

Introduction à l'éthique de la vie créatrice

Je suis la Vie

retrouvez ICI un extrait de la conférence

 

Retour sur les cours précédents

Nous nous sommes demandé ce qu’est une morale créatrice et nous avons commencé à comprendre ce que cela pouvait être à partir d’une expérience forte de la Personne et de la subjectivité.

C’est une expérience eschatologique de la royauté qui ouvre sur la Présence, le rayonnement, la lumière et qui donne du sens au Sens. Le Sens peut être plaqué sur les choses mais il peut aussi être révélé de l’intérieur des choses.  Quand il est révélé, il prend la forme du rayonnement et de la présence.

 L’inconscient peut être qualifié comme étant la transcendance à l’intérieur du corps, la Présence est la manière de lier ensembles l’eschatologie et l’inconscient, l’au-delà et l’en deçà dans une expérience forte.

On ne comprend rien à Dieu si on ne voit pas que Dieu se vit et qu’il est de l’ordre de l’expérience, c’est la raison pour laquelle la pensée scientifique n’y comprend rien et n’y comprendra jamais rien, car Dieu n’est pas un objet mais une expérience vivante. « Dieu se vit », cela renvoie à la notion même d’expérience qui est celle de faire une traversée car c’est ce que signifie le mot « expérience »,  qui veut dire « pérégriner hors de ».

Une expérience de traversée, c’est ce qui se passe à chaque fois que je vis ce que je vis, je rentre dans une sensation qui me projette au-delà de moi-même et il y a une relation entre l’intime et le transcendant. Le transcendant parle à l’intime et l’intime s’ouvre sur le transcendant. Je comprends ce que Dieu veut dire quand, rentrant dans mon intime, je découvre que le transcendant et l’intime apparaissent en même temps. Dieu, l’ineffable, devient perceptible et là nous avons affaire à la notion même d’expérience à l’intérieur de la connaissance.

La connaissance dans notre monde oppose les termes de théorie et d’expérience car on a tendance à dire que la théorie est une chose et que l’expérience en est une autre, l’expérience, c’est concret, la théorie c’est abstrait. L’opposition entre la théorie et l’expérience va, soit dans le sens de la théorie contre l’expérience, soit dans le sens de l’expérience contre la théorie.

Cette vision des choses est déformante et déformée parce que la théorie et l’expérience sont inséparables. La théorie, comme le dit Platon, c’est la vision du caractère lumineux de la réalité, la contemplation ouvre à la réalité et j’aperçois le lumineux de la réalité, j’aperçois l’Un à l’intérieur du multiple.

L’expérience, c’est ce qui amène la théorie encore plus loin, je vois la lumière dans l’existence, je fais l’expérience de cette lumière et je m’aperçois que celle-ci m’emmène encore plus loin que ce que j’imaginais. La théorie et l’expérience, lorsqu’on les confronte l’une à l’autre, ne sont pas opposées, mais dynamiquement liées.

La notion de Vérité, le réel et le vrai.

Je rentre dans l’espace lumineux de l’existence, cette lumière est de plus en plus lumineuse, je suis emmené au delà de moi-même et cet au-delà est débordant, enthousiasmant, il me rempli et déborde de moi-même. Ceci est fondamental pour comprendre l’expérience de Dieu, c'est-à-dire l ‘expérience d’une lumière de plus en plus lumineuse.  C’est là qu’intervient la notion de Vérité, cette lumière  c’est la Vérité et la Vérité apparait comme une notion centrale de l’expérience créatrice. Dans le monde d’aujourd’hui, nous assistons à la disparition de la vérité et c’est quelque chose d‘extrêmement grave. Nous sommes dans la post-vérité et cette post-vérité a été annoncée lorsqu’au début du 19ème siècle, Nietzsche se propose d’en finir avec la vérité en vertu d’une confusion à propos de cette notion.

Comprenons cette confusion ; La vérité renvoie à ce qui est, et plus précisément à la parole à propos de ce qui est et à la pensée, car ce qui est vrai, ce n’est pas la réalité, mais c’est le discours à propos de la réalité, la pensée et la parole à propos de la réalité. On fait toujours une confusion entre le réel et le vrai en pensant que ce qui est réel est vrai. Or, ce qui est réel, n’est pas vrai ; pour que le réel devienne vrai, il faut qu’il y ait un discours, une pensée, une intériorisation de ce qui est. C’est le discours et la pensée du réel qui sont vrais. Ce qui est vrai, ce n’est pas le réel, c’est sa  spiritualisation.

Il y a trois éléments qui font partie de la vérité, l’élément objectif, l’élément subjectif et l’élément proprement spirituel.

 La première vérité, c’est l’objectivation, c’est à dire, la vérification d’une idée ou d’un discours. Lorsqu’on a une idée, on vérifie qu’il lui correspond quelque chose à l’intérieur de la réalité. C’est vrai parce que ce que nous disons, ce que nous pensons, correspond à quelque chose dans la réalité, c’est l’objectivité.

Deuxièmement, dans la subjectivité, la vérité est de l’ordre d’une évidence et non pas d’un fait réel. Ce qui est vrai, c’est le fait que je vive ce que je pense, et que derrière un discours, une pensée, il y a un sujet qui pense et qui vit ce qu’il pense. Ce qui est vrai, c’est donc ce qui est subjectif, c'est-à-dire, ce qui est vérifié par un sujet.

D’une part, Il y a le fait réel et d’autre part il y a le fait subjectif. Quelque chose est vrai parce que cela correspond à quelque chose de réel, ou quelque chose est vrai parce que cela « me » correspond à partir d’une expérience d’évidence.

 Le troisième élément de vérité, n’est ni objectif, ni subjectif, il est proprement spirituel. Cet élément spirituel est bien décrit par Spinoza lorsque celui-ci dit que la vérité parle d’elle-même. La vérité est auto-révélation et auto-manifestation, c’est la réalité de la chose et elle est au-delà de la réalité objective ou subjective, elle est de l’ordre de la parole, et elle est bien signifiée par les expressions « ça me parle », « ça me dit quelque chose », ça touche en moi quelque chose qui rentre dans l’intime de moi-même et qui m’emmène au-delà de moi-même.

Cela transforme ce que je suis, il y avait l’objet, il y avait le sujet ; avec l’expression spirituelle, il  y a dépassement du subjectif et de l’objectif dans la Parole au sens fort, c'est-à-dire la Parole transformatrice,  la Parole vivante. La Vérité au sens fort est spirituelle et elle est de l’ordre de cette transformation qui projette l’objet au-delà de l’objet et le sujet au-delà du sujet. Dans notre expérience personnelle, cette vérité renvoie aux expériences fortes de notre existence, c’est ce qui se passe lorsque nous avons affaire au vrai, non pas objectivement comme un fait réel, non pas subjectivement comme une évidence personnelle, mais comme quelque chose qui transforme notre vie en nous mettant en mouvement et en transformant l’objectif et le subjectif pour révéler le côté dynamique de l’existence qui est au-delà du sujet et de l’objet.

La vérité, c’est que l’existence est extraordinairement riche et cette richesse se manifeste à partir du moment où nous faisons une expérience de transformation, consistant à faire apparaitre toute la richesse qui se trouve dans les choses, toute la richesse qui se trouve en nous et toute la richesse qui se trouve dans la communication entre la richesse extérieure et la richesse intérieure. Il n’y a pas plus créateur que de vivre l’expérience de la Vérité et c’est la raison pour laquelle, il est dit dans l’Évangile de Saint Jean, « La Vérité vous rendra libre ». La découverte de la transformation créatrice qui va du sujet à l’objet et de l’objet au sujet libérera la richesse qui se trouve en vous et en dehors de vous, elle créera des correspondances entre l’intérieur et l’extérieur et vous connaitrez la royauté, le rayonnement jusque dans la part inconsciente de vous-mêmes, vous projetant dans la part sur-consciente de vous-même.

L’opposition entre la subjectivité et l’objectivité

Dans notre culture moderne, la liberté et la vérité s’opposent et cette opposition est à l’origine de la disparition de la notion de vérité, ce qui est un véritable drame culturel. Lorsque la vérité est vécue dans une expérience, elle se manifeste comme transformation, auto-révélation, révélation.

 Lorsqu’elle n’est pas vécue ainsi, elle entraine les déboires que nous connaissons à propos de cette notion. Ces déboires  proviennent de l’enfermement de la vérité dans la notion de vérification avec  une opposition majeure entre la vérité vérifiée objectivement et la vérité vérifiée subjectivement.

Ceci se traduit dans la civilisation post moderne par la juxtaposition des deux vérités, objective et subjective. D’une part, il ya  ce que dit la science qui a l’estampillage de son autorité, c’est vrai parce que c’est scientifique, c’est démontré,  d’autre part il y a les subjectivités et leur authenticité et nous vivons dans un monde dans lequel se juxtaposent ces deux discours.

L’objectivité et la subjectivité s’opposent l’une à l’autre, et comme on ne sait pas comment les réconcilier, on maintien les deux.  D’un côté il y a une autorité scientifique qui donne  un certains nombre de vérités vérifiées et de l’autre il y a les vérités individuelles. Cela fait que nous connaissons une crise culturelle profonde à propos de la vérité. Cette crise est à l’origine d’une solution malencontreuse qui a été élaborée et qui continue de l’être à travers la notion de modèle.

 

La notion de modèle

 Pour mettre tout le monde d’accord, la société s’est donné une image qui est considérée comme étant globalement vraie, notre culture a été dominée par la notion de modèle, ce modèle étant reconnu comme la vérité. Actuellement, le modèle n’est pas religieux, il est laïque et repose sur le progrès ; ce qui est vrai, c’est le progrès  car il permet à la science et au bonheur individuel d’exister.

D’où la critique justifiée de Nietzsche à l’égard de cette notion de modèle. Au 19ème siècle, il s’insurge contre la notion de vérité et propose de s’en débarrasser parce qu’il la trouve abstraite, dépourvue de pensée et freinant la pensée, en quoi il n’a pas tort. En effet, si la vérité est la conformité avec un modèle dominant, ce n’est pas très engageant, il y a là quelque chose d’assez plat et Nietzsche, recherchant la vitalité de la pensée ne se reconnait pas dans cette manière de penser.

 Dans notre monde contemporain, le discours est celui de la quête d’un modèle, on dit qu’il y a eu le modèle religieux qui s’est écroulé, le modèle politique communiste qui s’est aussi écroulé, le modèle capitaliste qui est en train de s’écrouler, et on se demande quel va être le nouveau modèle. On nous dit que cela va être la communication et la mondialisation, ce serait le modèle qui va permettre de donner une certaine vérité à l’existence, en disant que vivre et donner un sens à la vie, c’est participer à la mondialisation et à la communication universelles au titre individuel et collectif.

Ce qui ressort dans ce type de pensée, c’est l’épuisement. Lorsqu’on pense, on pense quelque chose de l‘intérieur, on ne pense pas en terme de modèle, et de conformité à ce modèle, on n’attend pas un modèle pour pouvoir penser. On pense, on a des idées, des lumières et parfois des fulgurances et c’est ce qui donne sens à la pensée. Dans la quête d’un modèle, on a affaire à un monde épuisé qui n’a plus de vitalité intérieure pour pouvoir penser. En se sens, on comprend que Nietzsche ai pu dire qu’il valait mieux abandonner la vérité, le modèle et la conformité à un modèle que de continuer à vivre dans l’horizon de la vérité.  Mais ceci ne résout pas le problème parce que l’expérience de la vérité est au cœur de la pensée et au cœur de l’exigence spirituelle. 

Rechercher la Vérité

Nous désirons tous la vérité comme l’expression de la part la plus profonde de l’existence à l’intérieur de nous-mêmes. Ce qui est jubilatoire, glorieux, enthousiasmant, c’est de rencontrer une parole qui fait vivre la part la plus profonde de nous-mêmes et de l’existence.

Là nous avons une réponse à l’existence, quelque chose qui nous éclaire et qui nous illumine. Rencontrer la Vérité est la chose la plus heureuse qu’il puisse y avoir dans la vie, rencontrer la vérité de nous-mêmes c’est rencontrer cette parole qui va libérer notre richesse intérieure pour nous permettre d’aller dans la richesse extérieure, et  libérer la richesse extérieure pour lui permettre d’aller dans notre richesse intérieure.

 Faire l’expérience de la vérité, c’est faire l’expérience de la véritable communication et de la véritable mondialisation. La mondialisation étant le moment où je me sens citoyen du monde et la communication étant du même ordre, c’est  à  dire une expérience intense de richesse tant intérieure qu’extérieure.

Abandonner la quête de la vérité comme le fait Nietzsche, est une erreur parce que Nietzsche lui-même a recherché intensément la vérité et parce que son discours philosophique n’a de sens que par rapport à cette expérience de la vérité, car tout discours n’a de sens que par rapport à la vérité. Rechercher la vérité, c’est notre devoir le plus impérieux, vivre pour la Vérité, c’est ce qu’il y a de plus beau, de plus élevé et surtout de plus salutaire car quand on trouve la Vérité, nous sommes sauvés, le monde est sauvé, la richesse qui est en nous et dans le monde peut se manifester et déborder.

L’expérience religieuse

Berdiaev n’a pas vu la notion de vérité, il a vu le sens de la liberté avec le sens de la Personne, mais il n’a pas relié la liberté à la vérité et il n’a pas pensé que la vérité pouvait rendre libre parce qu’il a pensé la liberté uniquement sur le mode de la subjectivation par opposition à l’objectivation. La liberté, c’est bien évidement la liberté du sujet, mais la liberté du sujet c’est la liberté de la richesse qui se trouve dans ce sujet et qui communique avec la richesse qui se trouve partout. Ceci est très important parce que cela défini le sens de la véritable religion et permet de comprendre le Christ comme étant le centre de la véritable religion.

L’expérience religieuse, c’est quelque chose que nous avons totalement oublié et qui est aujourd’hui masquée par l’idéologie dominante antireligieuse et anti chrétienne. Personne n’ose dire que l’expérience religieuse est une expérience extraordinaire.

 Le Moyen-âge avait conscience de la religion comme expérience extraordinaire et en particulier en occident, le monde roman avec sa vision du monde comme liturgie symbolique, puis les courants mystiques, puis le romantisme. L’idée romantique du religieux est la même que l’on trouve au moyen-âge dans l’art roman et dans l’expérience de la vie religieuse, c’est l’idée de l’extraordinaire de l’existence.

Aujourd’hui, on entend dire que la religion c’est le mal et elle est opposée à la spiritualité en tant  que la spiritualité c’est bien, et que la religion c’est mal. Mais la religion et la spiritualité, c’est la même chose, il n’y a pas de religion sans spiritualité et il n’y a pas de spiritualité sans religion. Il n’y a pas de cathédrale sans qu’il y ait un souffle créateur et il n’y a pas de souffle créateur sans qu’il y ait des cathédrales permettant de le faire exister. Une cathédrale est le point de rencontre entre le religieux et le spirituel, entre la manifestation extérieure du spirituel sous sa forme religieuse et la manifestation intérieure de la religion sous la forme spirituelle du souffle créateur.

Nous devons sortir du procès critique qui est fait à la religion depuis la révolution française et Voltaire dans lequel, systématiquement, la religion est assimilée à la violence et au mal. La violence et le mal existent malheureusement, et ils peuvent revêtir des formes religieuses, mais l’expérience profonde du religieux est proprement extraordinaire.

La fin de la religion ordinaire

Pour comprendre les paroles du Notre Père, il convient de revenir à l’essence de la vie chrétienne qui est le sens extraordinaire de l’existence et par là même, toutes les paroles prononcées dans un espace religieux sont extraordinaires. Le Notre Père est incompréhensible s’il n’est pas lu avec les yeux de l’extraordinaire. Contrairement à Marcel Gaucher qui pense que le christianisme est la religion de la fin des religions, je pense que le christianisme est la fin de la religion ordinaire.

Il nous emmène dans la religion extraordinaire donnée par la venue de Dieu sur terre, par l’incarnation et le fait, qu’à un moment, Dieu en personne vient révéler aux hommes qu’ils n’ont pas eu tort de penser qu’il existait une dimension religieuse de la vie parce que c’est Vrai et c’est Vrai parce que je peux le vérifier à l’intérieur de ma vie. Lorsque je fais l’expérience de la Vérité, je découvre Dieu, l’incarnation, le Christ, et c’est Vrai parce qu’il y a quelque chose d’inouï dans l’histoire religieuse de l’humanité ; c’est que la religion est un fait transcendant qui devient historique afin de transformer l’histoire en fait transcendant.

 

Ceci permet de comprendre ce qu’on peut appeler la vérité du religieux que l’on peut résumer en disant que la vie humaine est relié à Dieu et que la vie divine et Dieu sont  reliés à la vie humaine.  Il existe une relation entre la vie humaine et la vie divine qui les fait communiquer comme le microcosme et le macrocosme. C’est une idée que l’on trouve chez les grecs, et notamment chez Pythagore, reprise par Platon, dans laquelle le macrocosme divin se reflète dans le microcosme cosmique et humain et le microcosme cosmique et humain s’ouvre sur le macrocosme divin.

Pourquoi, aujourd’hui, les scientifiques sont-ils si tristes ?

Ils ont totalement perdu le sens de la vie religieuse, de l’expression du ciel sur la terre et de la terre dans le ciel, ils ne savent plus s’émerveiller. Tous se veulent révolutionnaires et subversifs comme les artistes contemporains, tous sont révoltés contre le monde,  sa dureté, sa violence, son tragique. Ils devraient justement s’émerveiller devant un discours qui va contre le tragique et le désespoir, mais ils n’en font rien sous prétexte de ne pas se raconter d’histoires et d’être lucides.

 

Un paradoxe stupéfiant

Les scientifiques  sont les premiers à détruire toute vision religieuse de l’existence, tout émerveillement, toute communication entre le ciel et la terre et à précipiter le monde dans le tragique, le désespoir et la tristesse.

 C’est un paradoxe stupéfiant et cela fait penser à des phénomènes que l’on trouve en banlieue où l’on a demandé à des jeunes pourquoi ils avaient tout cassé dans leur immeuble et où ils ont répondu que c’était parce que leur immeuble était laid, pourtant, en le cassant ils le rendaient encore plus laid.

C’est un peu la même chose, il semble que l’intellectuel actuel nous dise que la vie est triste, qu’ elle est tragique, que l’homme vient de rien et va vers rien, que nous ne sommes rien ; et lorsqu’on lui demande pourquoi il dit cela il répond que c’est parce que la vie est triste, sans se rendre compte que ses paroles la rende encore plus triste.

L’expérience religieuse consiste à sortir de cette tristesse et de ce tragique pour retrouver une expérience forte et riche dans laquelle l’existence nous parle et nous enseigne de l’intérieur. Cela permet de comprendre la signification du Christ et en particulier telle quelle a été magistralement analysé par Michel Henry dans son livre « C’est moi la Vérité ». Lorsque le Christ dit cette phrase : « Je suis la voie, la vérité et la Vie », Pour Michel Henry, cette Parole exprime l’extraordinaire du christianisme et du religieux lui-même.

 

« Je suis la Voie, la vérité et la Vie »

Cette Parole du Christ peut, d’un certain point de vue, apparaitre comme folle.

Remettons nous dans le contexte ; Le Christ est en Galilée, il enseigne, il commente la Parole divine et il apporte une réponse aux hommes de son temps qui sont comme nous, car même s’ils ne doutent pas de l’existence de Dieu, ils se demandent où Il est,  ce qu’Il fait et pourquoi  Il ne répond pas à leurs appels. Imaginez qu’aujourd’hui quelqu’un vienne et dise : « Je suis la Voie, la Vérité et la Vie », « regardez-moi, je suis la réponse à vos interrogations quand à Dieu et à ce que fait Dieu », on dirait que cet homme est fou, qu’il se prend pour Dieu et qu’il est dangereux. Dans  une société marquée par la tradition religieuse, pour des raisons à la fois politiques, religieuses et spirituelles, il n’est pas question de laisser un tel individu enseigner.

Pour un Juif d’il y a 2000 ans, dans un pays occupé par les Romains, il n’y a qu’une chose qui lui permet d’avoir une situation sociale et humaine, c’est le groupe politico-religieux auquel il appartient  et dans ce groupe, personne ne doit se prendre pour Dieu. Si certains se prenaient pour Dieu ça en serait fait de la structure politique et religieuse du groupe, tout s’écroulerait car non seulement le pays serait occupé par les Romains mais la société serait minée de l’intérieur par un  anarchisme développé par des  exaltés et des fous.

 

Si le Christ est crucifié, c’est en quelque sort logique. Lorsqu’Il parle, la moitié de la foule  trouve qu’il est dur et l’autre, qu’il est dangereux. Quand  on voit les choses de l’extérieur sans les vivre, le religieux apparaît toujours comme un délire et le Christ comme un délire à l’intérieur du délire, l’idée que Dieu existe apparait comme délirant et qu’Il se soit incarné est encore plus délirant.

Par contre, si on voit les choses de l’intérieur, il en va tout autrement. Dans la foule qui écoute le Christ, il y a ceux qui ne sont pas convaincus, notamment les pharisiens qui le rejettent, mais il y a ceux qui disent qu’Il est génial, que c’est un prophète et qu’Il dit ce qu’ils ont toujours attendu.

Lorsque le Christ dit : « Je suis la Voie, la Vérité et la Vie », ne pensons pas qu’il se met en avant avec son égo  en disant d’une manière exaltée : « La Voie c’est moi, la Vérité c’est moi et la Vie c’est moi », mais comprenons cela au deuxième degré. A savoir : « La voie est le Je Suis, la Vérité est le Je suis et la Vie est le Je suis. », là tout change et on est libérés.

 

Le nom de Dieu

Lorsqu’en Exode 3,14 Moïse demande à Dieu : « Quand ils me demanderont qui tu es, que leur répondrai-je ? » Dieu dit à Moïse : « Tu leur diras que mon nom est « Je suis » et que « Je suis » est avec eux ». Le « Je suis » c’est ce qui comprend tout, c’est ce qui va de l’être à l’individu et de l’individu à l’être. Mettez-vous à prononcer  Les mots « Je suis », « J’existe »,  alors, vous sentez que vous existez, vous sentez le monde exister autour de vous, tout devient existence, la vie devient un fleuve d’existence qui va de vous à la vie et de la vie à vous.

Prononcer les mots « Je suis » qui est le nom de Dieu, c’est faire le tour de l’univers, c’est réaliser la définition de Dieu donnée par le livre des 24 philosophes et reprise par Pascal : « Dieu c’est ce cercle dont le centre est partout et la circonférence nulle part ». Le « Je suis » est un terme fulgurant, c’est l’intime de Dieu, Dieu aurait pu dire : « Mon nom est fulguration d’existence allant de chaque individu à l’infini et de l’infini à chaque individu, je suis un fleuve de vie ».

 

Le « Je suis », c’est ce que vous êtes, c’est ce que nous sommes, chacun d’entre nous est un « Je suis ». Ce « Je suis », c’est ce que l’on appelle maladroitement le désir, le débordement de la vie en nous, dans notre corps et notre chair.

Nous sommes un débordement de vie qui, malheureusement, souffre parce que souvent, il est réprimé. Nous sommes fondamentalement la joie infinie d’exister, l’expérience du « Je suis » est l’expérience  bouleversante  par excellence parce que c’est la naissance de l’homme.

Quand Descartes se demande s’il y a quelque chose de vrai dans le monde, il s’aperçoit qu’il peut douter de tout sauf du fait qu’il existe, car pour douter de tout, il faut bien qu’il y ai quelqu’un qui existe et il dit : « Je pense, donc je suis », pour la première fois, il rencontre la Vérité.  La Vérité c’est quelque chose que je ne peux pas refouler, c’est un flot d’existence plus fort que moi qui m’apprend que j’existe. 

 

Descartes démontre qu’il est impossible de douter de tout, il est impossible de nier l’être sans arriver à une folie totale. On se rend compte qu’il y a un noyau d’être fulgurant à l’intérieur de l’existence.

Lorsque les hommes lui demandent un signe de Dieu, le Christ dit : « Je suis la Voie, la Vérité et la Vie », Il dit que la Voie, la Vérité et la Vie, c’est le « Je Suis » et que si vous faites l’expérience du « Je suis », vous serez avec Dieu,  Dieu sera avec vous et vous aurez la réponse. Ce n’est pas Lui qui va donner la réponse, cette réponse viendra de l’intérieur, il y aura une autre manifestation de la Vérité dans votre vie et vous serez révélés à vous-mêmes. A ce moment là, on comprend que ceux qui écoutent le Christ disent qu’on ne leur a jamais parlé avec une telle liberté et une telle profondeur.

 

L’Humilité du Christ.

Humilité du Christ, du Fils de Dieu qui dit que ce n’est pas lui qui va nous apporter la vérité, c’est le « Je Suis », La Vérité se trouve dans le «Je suis» à partir du moment où vous le vivez.  Vivez ce « Je suis » à l’intérieur de vous-même, et votre cœur se remplira de richesses, et le monde se remplira de richesses.

Là, on comprend pourquoi Spinoza a dit : « Il n’y a eu qu’un philosophe dans l’histoire, et c’est le Christ ». La Parole du Christ nous ouvre les portes de la connaissance et là, j’ai envie d’être chrétien et d’être un homme religieux parce que c’est absolument passionnant, bouleversant et enthousiasmant.

Le « Je suis » est partout et le « Je suis » est en tout, faites l’expérience du « Je suis » et vous aurez toutes les réponses. Cet effacement du Christ devant le nom du Père est absolument prodigieux. Nous retrouvons là le message chrétien fondamental dont parle Michel Henry dans son livre en s’interrogeant sur le destin du christianisme dans le monde moderne.

Si nous comprenons cette phrase extraordinaire du Christ : « Je suis la Voie, la Vérité et la Vie », nous apercevons que c’est une mine et que le futur doit se bâtir avec cela. Il ne se fera absolument  pas avec l’intelligence artificielle, mais il se fera avec l’intelligence authentique qui parle à notre cœur.

 

Si vous bâtissez un monde de machines totalement dépersonnalisé, aussi habiles et perfectionnées  soient-elles,  et si vous ne donnez pas aux hommes une nourriture intérieure pour leur permettre de se construire, il n’y aura pas de futur et toute l’intelligence artificielle que vous introduirez  détruira l’homme.  Mais si vous permettez à chaque être humain d’aller dans son  «Je Suis », et si vous comprenez que le religieux n’est pas un pouvoir qui impose une vérité mais la voie qui permet de voir la Vérité de l’intérieur, là, les portes du futur vous seront ouvertes.

 

 

 

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