Bertrand Vergely

Introduction à l'éthique de la vie créatrice

La nouvelle naissance

retrouvez ICI un extrait de la conférence

 


Une morale de l’Amour

Le texte de l’entretien avec Nicodème est la clef du christianisme, c’est la nouvelle naissance. Le christianisme est toujours présenté comme étant la religion de l’amour, mais il faut savoir de quel amour on parle. Il semble que derrière l’Amour dans le christianisme il y a quelque chose qui relève de l’extraordinaire.

Il y a une différence entre une morale de l’Amour et une morale du respect.

Quelque part, le respect c’est mieux que l’amour vulgaire qui est le « j’aime, j’aime pas » car là-dedans, il n’y a pas de véritable amour. L’amour vulgaire, c’est le calcul, c’est la banalité comme quoi pour aimer les autres, il faut s’aimer soi-même, ceci est banal parce qu’il n’y a rien de bouleversant. Rousseau fonde sa morale sur l’amour de soi et la pitié pour les autres, il n’y a pas d’amour dans cette vision des choses, c’est du calcul pour du confort avec soi-même et avec les autres.

Kant a raison de dire que la morale n’est pas fondée sur l’amour mais sur la pensée, sur la conscience et sur le fait d’introduire une pensée critique à l’égard de l’amour en montrant qu’en général, dans la manière dont on parle de l’amour, il n’y a aucun amour.

Cependant, il n’y a pas de respect sans amour, parce que respecter vraiment quelqu’un, avoir vraiment de la pensée pour quelqu’un, c’est avoir plus que de la pensée, c’est avoir une pensée à l’infini, c’est ne pas se lasser de penser, et çà, c’est de l’Amour. C’est ce que Pascal comprend très bien lorsqu’il fait de l’amour et de la charité le cœur de toute vie. Chez Pascal, l’Amour est lié non seulement à l’infini, mais à l’infiniment infini, c’est ce qui se passe lorsqu’on se donne entièrement et qu’on ne se lasse pas de donner, et là, c’est plus que de la morale.

Le Christ ne se lasse pas de se donner, Dieu ne lasse pas d’être Dieu, le Christ ne se lasse pas d’être le Christ, Il est infiniment infini, et là on est devant l’impalpable et l’immatériel. Là nous sommes dans la vérité chrétienne, nous sommes dans la grande ontologie chrétienne et dans la raison d’être  de l’Amour, c’est une ontologie de l’infiniment infini et cela nous mène au cœur de la Bonne Nouvelle chrétienne.

L’Amour, c’est plus que de l’amour, la Pensée, c’est plus que de la pensée, la Morale, c’est plus que de la morale, et ça, c’est complètement nouveau, ce n’est pas des banalités sur le fait de s’aimer soi-même pour aimer les autres, sur l’organisation d’un petit confort assez médiocre, banal et sans envergure. L’infiniment infini, c’est autre chose, Le Christ est venu pour nous faire apercevoir l’extraordinaire de l’existence et l’extraordinaire de la condition humaine. Ce n’est pas simplement pour apporter la paix dans le monde par rapport à la guerre, bien évidemment, on préfère la paix à la guerre et tant mieux si on apporte la paix plutôt que la guerre. Mais le Christ n’est pas venu pour cela, d’ailleurs Il le dit lui-même : « Je ne suis pas venu apporter la paix mais l’épée », cela veut dire qu’Il est venu bousculer tout notre confort et  apporter plus que la paix car notre paix pleine de confort et d’amour, ce n’est pas la véritable Paix ni le véritable Amour. Il nous apporte une autre paix et un autre amour.

Etre en état de « première fois »

Si le christianisme était simplement une doctrine de l’amour, il n’y aurait pas besoin du Christ. Actuellement, il y a beaucoup de gens qui aiment les autres et qui installent une vie confortable et paisible, tant mieux ! Mais cela ne change pas notre vie.

Tandis que si je peux dire que pour la première foi, on me parle de l’Amour, de la Pensée et de la réalité, alors là, c’est autre chose. « La Première fois », c’est une chose fondamentale dans l’existence.

Vivre, c’est être en état de « première fois », c’est être en état de commencement, c’est être dans le radicalement neuf. La meilleure manière de voir le monde c’est de le voir comme au premier jour, comme si on le découvrait pour la première fois. Dieu a créé le monde à partir de rien, il n’y a que de la nouveauté, et dans cette nouveauté, l’amour ineffable de Dieu qui veut que tout aille plus loin. La brebis Dolly a été clonée à partir d’une brebis qui avait déjà 6  ans, donc elle est née vielle, elle était épuisée avant même de vivre. Le clonage est une manière pleine de mort de penser l’homme. La caractéristique de l’être humain, c’est qu’il ne naît pas à partir de quelque chose qui existe déjà et dont il serait la duplication.

Voir les choses avec les yeux de la première fois, s’est s’apercevoir que la première fois n’a pas lieu qu’une fois. La première fois est plus qu’une première fois, dans la mesure  où c’est le début d’une série de premières fois qui sont de plus en plus puissantes. Nous avons là l’essence de la connaissance mystique et de ce que veut dire le Ciel. Nous n’imaginons pas ce qu’est la vie divine et nous commençons à en avoir une petite idée lorsque nous nous rendons compte que nous n’avons rien compris.

Les maitres zen, disent : «  Si tu crois avoir compris, c’est que tu n’as rien compris, mais si tu ne comprends rien, c’est que tu commences à comprendre ». Si vous pensez avoir compris quelque chose de l’ordre de Dieu et du Christ, c’est que vous n’avez strictement rien compris, mais si vous comprenez que vous n’avez rien compris, vous commencez à comprendre quelque chose. Dans son Livre consacré au Christ, Michel Henry écrit que le fil rouge de l’Evangile, c’est le Christ qui dit : « Vous croyez me comprendre mais vous ne me comprenez pas. ». Ceci va expliquer la théologie négative, lorsque Denis l’Aréopagite dit qu’on connaît Dieu de ne pas le connaître, ce n’est pas une négation de la connaissance mais une véritable idée de la façon de connaître Dieu.

La connaissance divine

Ce qui est dommage, c’est que la psychanalyse ait manqué cela, avec la découverte extraordinaire de l’inconscient, elle avait une chance de réintroduire le monde apophatique à l’intérieur de la connaissance, ors cela n’a pas été fait. Il y a des choses qui vont dans ce sens chez Lacan, mais pas jusqu’au bout. La découverte de l’inconscient aurait du continuer à généré des créations extraordinaires, or ce n’est pas le cas. La psychanalyse est devenue des querelles de pouvoir, alors qu’il y avait du génie dans cette affaire. Tout reste à faire, il va falloir reparler de l’inconscient, du sur conscient et de la connaissance apophatique pour aller plus loin. C’est important car cela permet de comprendre la naissance.

La naissance, c’est la traduction de cet extraordinaire qui est le cœur même de la connaissance divine. Dieu n’est pas seulement venu apporter de l’Amour, il est venu apporter la connaissance divine et c’est en cela qu’Il nous aime. Les dérives sentimentales et affectives du christianisme sont en train de l’appauvrir. Un ministre disait à propos de l’abbé  Pierre : « L’important ce n’est pas de croire ou de ne pas croire, l’important, c’est d’aimer l’homme. ».

Eh bien non ! L’important c’est d’avoir la foi. Aimer l’homme, c’est lui apporter la connaissance divine et pas simplement l’amour humain. Si on n’apporte pas la connaissance divine aux hommes, ils s’ennuient et vivent dans le désespoir. Il est très important d’entrer dans la divine connaissance et de vivre cette extraordinaire aventure qu’est la rencontre  et le dialogue avec Dieu, où on va, comme le dit Grégoire de Nysse : « de commencement en commencement par des commencements qui n’ont pas de fin ». C’est là qu’intervient la notion de naissance.

La notion de naissance

Il est très juste de dire que l’homme n’a pas qu’une naissance dans la vie, on se demande toujours si il y a une vie après la mort mais nous ne pouvons pas comprendre cette notion de vie après la mort si nous ne faisons pas le travail de penser la naissance en nous demandant ce que veut dire « naître ». On comprendrait mieux les questions de l’immortalité de l’âme et de la vie après la mort, si on comprenait mieux la question de la naissance car ce n’est pas parce que l’homme est né qu’il est né.

Il y a peu de personnes qui sont véritablement nées. Apparaître dans le monde en sortant du corps maternel est effectivement la première naissance, la naissance extérieure, qui est importante mais qui n’est que le début d’une série d’autres naissances. Si je suis né dans le monde mais que je ne me suis pas rendu compte que j’étais né, je ne suis pas né. Je suis vraiment né lorsque je me rends compte que c’est quelque chose d’extraordinaire que d’exister.

Le phénomène de l’apparition est un phénomène extraordinaire de l’existence, cette expérience arrive dans deux moments extrêmes de la vie, dans l’extrême malheur et dans l’extrême bonheur.

Dans l’extrême malheur de la vie, à un moment, nous faisons des prises de conscience et nous nous rendons compte que nous sommes passés à côté de l’essentiel. Il faut parfois être dans l’extrême détresse pour se rendre compte de ce que c’est que vivre. Nous vivons dans un monde de folie duquel on a totalement exclu la conscience et la gratitude, des catastrophes se produisent et malheureusement, nous savons tous que nous allons vers plus de catastrophes parce qu’il y a un manque de conscience absolument dramatique.

C’est souvent lorsqu’on a perdu le bonheur qu’on se rend compte de ce que c’était, quand on ne peut plus marcher qu’on réalise que lorsqu’on marchait, on ne se rendait pas compte de ce que s’était que marcher. Dans ces moments là, il se passe un retournement intérieur et nous vivons une nouvelle naissance. Certaines personnes, à l’occasion d’un drame disent qu’elles se sont réveillées, qu’elles vivent pour la première fois et que cette épreuve de la vie est la meilleure chose qui leur soit arrivé.

C’est une épreuve métaphysique majeure qu’il faut prendre le temps de visiter parce que c’est l’expérience positive de la souffrance qui n’est pas de l’ordre de la souffrance, c’est autre chose. Cette expérience de la souffrance peut se voir comme un « dégrisement », lorsque les gens sont ivres morts, on les met dans des cellules de dégrisement pour qu’ils reviennent à la réalité. Nous avons parfois besoin d’être dégrisés pour revenir sur terre et pour nous rendre compte du miracle de l’existence, de ce que c’est que boire, manger, dormir, vivre dans un monde en paix. Nous devrions vivre dans la louange et dans la bénédiction, dans la gratitude et dans la grâce.

Plus on dit merci, et plus le monde est beau, ce n’est pas parce que le monde est beau qu’on dit merci, c’est parce qu’on dit merci que le monde est beau, et on ne dit jamais assez merci.

Heureusement, il n’y a pas que le malheur, il y a aussi l’extrême bonheur, il éveille en nous le sentiment positif de la nostalgie, quand quelque chose est extraordinairement beau, on voudrait que cela dure toujours et on se demande pourquoi on ne vit pas toujours comme cela. Ferdinand Alquier critique le désir d’éternité en voyant dans ce désir uniquement une passion conservatrice. Pourtant, à un moment, lorsque je souhaite que quelque chose de magnifique dure, ce n’est pas du tout de l’angoisse pour essayer de garder jalousement quelque chose, comme Othello veut conserver l’objet de son amour en étant capable de le tuer si celui-ci lui échappe. La vérité, c’est que c’est le début d’un chemin spirituel, j’ai vu et entendu des choses magnifiques et je n’ai qu’un désir, c’est que cela dure, et je vais faire en sorte que cela dure dans mon existence, c’est un retournement créateur. Cela veut dire que dans notre vie, il y a la vie de l’Esprit.

La vie de l’Esprit

C’est le moment où l’homme fait commencer la vie. Saint Augustin a eu cette phrase tout à fait extraordinaire : « Dieu a créé l’homme pour qu’il y ait un commencement », cela veut dire que le monde commence avec l’homme et pas avec le monde. Si l’homme n’existait pas, le monde n’aurait pas été créé, ce n’est pas parce que le monde est apparu, qu’il est apparu, si le monde n’apparait à personne, le monde n’existe pas. Si l’univers était sans l’homme, ce serait du vide et des atomes, du vide et des planètes, et il n’y aurait rien. Qu’il n’y ait rien ou qu’il y ait un univers sans homme, c’est la même chose, rien ne se passe.

Le matérialisme est incapable de comprendre que, avec l’homme l’univers commence, parce qu’il pense que c’est donner trop d’importance à l’homme. Il pense que l’homme est un sous produit de la matière et que la réalité, c’est la matière. Cette forme de pensée ramène la matière à un tas de cailloux éternels, mais un tas de cailloux éternel et rien, c’est la même chose. Ce qui fait que le monde commence, c’est que l’homme apparait dans le monde et que le monde apparait à quelqu’un qui voit sa beauté.

En parlant du principe anthropique, les physiciens disent que l’homme est le point d’équilibre du monde, c’est ce qui fait que le monde n’est pas un chaos mais qu’il est organisé avec précision pour que la vie existe sur terre et que quelqu’un regarde le monde. Le monde a besoin de l’homme comme la nature a besoin de son poète et de son musicien. Ce qui fait que la nature est la nature, c’est qu’il y a quelqu’un qui est capable d’en faire un objet de culture et une symbolisation à l’infini, ce qui est d’une beauté incroyable.

Hegel dit que la culture, c’est encore plus beau que la nature et que les choses dans l’art sont plus belles que dans la nature. Le coucher de soleil sur la tamise de Turner est plus beau sur la toile que dans la réalité parce que, sur la toile, c’est l’âme de la tamise que je vois. C’est cela, la naissance, et nous comprenons ici la signification de l’homme. Le monde commence vraiment avec l’homme parce que celui-ci est capable de faire voir le monde en lui donnant une âme et en l’élevant spirituellement. Il y a quelque chose qui est encore plus beau que l’homme, c’est l’histoire de l’homme et derrière elle, c’est l’aventure spirituelle.

Le Fils de l’Homme

L’homme fait naître le monde, mais dans l’homme, il y a l’Homme. L’Homme, c’est la nature et l’homme qui sont devenus plus que la nature et plus que l’homme et c’est ce que veut dire : « Le Fils de l’Homme », le Christ n’est pas le fils de l’homme, mais le Fils de l’Homme, c'est-à-dire le fils du futur de l’humanité qui est le rassemblement de la nature et de la culture pour aller dans quelque chose qui est plus que la nature et plus que la culture. Pour certains physiciens ces notions sont incompréhensibles car, pour eux, la réalité n’est que de la matière et l’homme, un sous produit de la matière. Ils ne réalisent pas que lorsque quelqu’un dit cela, c’est un homme qui parle, la nature ne parle pas toute seule et s’il n’y avait pas un homme pour la faire parler, elle ne parlerait pas.

La question la plus important au monde, c’est la naissance, et dans notre vie, c’est le fait de connaître une série de naissances. Dans la vie mystique, on représente la réalité comme une échelle, il y a l’échelle de Jacob et l’échelle de Saint Macaire, on voit des niveaux de réalité qui sont de plus en plus puissants, de plus en plus beaux. Lorsqu’on dit que la réalité est une échelle, ce n’est pas pour infantiliser les hommes, en leur disant qu’ils doivent progresser, c’est simplement la plus haute manifestation de la vision mystique. On va de commencements en commencements, de niveaux de contemplation en niveaux de contemplation, vers quelque chose de plus en plus beau, de plus en plus lumineux et qui n’arrête pas de commencer. Lorsque nous sommes à ce niveau, nous avons une toute petite idée de la Vie.

Le commencement

Le mystère du commencement, c’est un mélange d’être et de non-être, c’est une réponse métaphysique à la question de l’être. Le commencement, c’est ce qui est à venir, ce qui n’est pas encore dit et qui n’existe pas encore, là nous somme dans l’horizon métaphysique totalement créateur qui permet de libérer l’histoire de la pensée et de la métaphysique. 

Penser l’être, c’est dire que la réalité existe, mais dans le monde qui est le nôtre, nous voyons que quelque part, la réalité n’existe jamais et nous sommes dans un paradoxe constant quand nous abordons la réalité, d’un côté, elle existe et de l’autre, elle n’existe jamais. On ne peut pas dire que la réalité n’existe pas car il y a bien de la réalité, mais lorsqu’on essaye de la saisir, on n’y arrive pas. Cela provoque en nous la révolte métaphysique dans laquelle nous vivons. La réalité que l’on vit est complètement évanescente, elle n’est jamais réelle, mais on ne peut pas dire que la réalité n’existe pas, sinon, nous sommes dans la folie. Mais si on dit que la réalité existe, nous ne sommes pas dans la folie, nous sommes dans la violence. Lorsqu’on dit que le réel existe, c’est violent et lorsqu’on dit qu’il n’existe pas, c’est fou. Dans les deux cas, on s’aperçoit que l’on se trompe. Alors, comment faire ?

C’est tellement difficile, qu’on a décidé de ne plus réfléchir sur la réalité en général, on s’intéresse à la réalité pour soi et on refuse de se prononcer sur le reste de la réalité car c’est vertigineux. Mais la réalité, ce n’est pas la réalité pour soi, ce n’est pas la réalité fixe, ce n’est pas non plus le néant, la réalité c’est le commencement. Nous voyons que le commencement, c’est la plus belle façon de faire exister la réalité sans la figer. C’est l’ouverture au temps créateur, aux siècles des siècles, et là nous sommes devant quelque chose de magnifique. L’essence de la pensée juive, c’est de penser le monde comme un commencement.

Il y a une genèse, il y a un monde qui nait de la nouveauté absolue, et l’essence de la pensée chrétienne, c’est la réalisation de la pensée juive à travers le Christ, qui fut à l’égard de l’univers ce que l’homme fut à l’égard du monde, c'est-à-dire qu’Il met en état de commencement toute l’histoire de l’homme et de la nature.

Là, la réalité existe, mais elle est tellement extraordinaire que ce que nous appelons réalité n’est rien par rapport à la réalité elle-même. Nous sommes dans un horizon ontologique totalement créateur et nous sommes au cœur de la théologie morale. Il n’y a qu’une seule manière de vivre, c’est vivre en se disant qu’on n’a encore rien vu, que tout est à naître et que tout est à vivre.

Vivre la vraie vie

Si nous vivons ainsi, dans  un état d’humilité de cœur et de simplicité, nous avons tué l’orgueil et nous commençons à vivre la vraie vie, à manger le vrai pain. Nous sommes devant quelque chose d’extraordinaire et on comprend ici la vie des moines qui vivent dans la louange, l’humilité et la simplicité. Leurs visages sont illuminés par la grâce et la paix parce que, ayant le sentiment d’être peu de chose par rapport à l’immense, et d’avoir tout à vivre, ils sont totalement libérés de la peur de la mort, de la peur de la pauvreté. On ne peut pas leur retirer quelque chose puisqu’ils n’ont rien, rien sauf la conscience du rien, c'est-à-dire la conscience de l’extraordinaire.

C’est la vie spirituelle pour les moines, mais aussi pour tous les hommes, vivre en se disant qu’on n’a encore rien vu, c’est l’assurance de pouvoir réussir toutes les journées de notre vie. A partir de là, nous allons pouvoir aborder l’extraordinaire texte de l’entretien du Christ avec Nicodème dans lequel nous verrons des mystères se dévoiler.

Chapitre 3 dans l’Evangile de Jean :

Il y avait un homme, un pharisien nommé Nicodème ; c’était un notable parmi les Juifs. Il vint trouver Jésus pendant la nuit. Il lui dit : « Rabbi, nous le savons, c’est de la part de Dieu que tu es venu comme un maître qui enseigne, car personne ne peut accomplir les signes que toi, tu accomplis, si Dieu n’est pas avec lui. » Jésus lui répondit : « Amen, amen, je te le dis : à moins de naître d’en haut, on ne peut voir le royaume de Dieu. » Nicodème lui répliqua : « Comment un homme peut-il naître quand il est vieux ? Peut-il entrer une deuxième fois dans le sein de sa mère et renaître ? » Jésus répondit : « Amen, amen, je te le dis : personne, à moins de naître de l’eau et de l’Esprit, ne peut entrer dans le royaume de Dieu.

Ce qui est né de la chair est chair ; ce qui est né de l’Esprit est esprit. Ne sois pas étonné si je t’ai dit : il vous faut naître d’en haut. Le vent souffle où il veut : tu entends sa voix, mais tu ne sais ni d’où il vient ni où il va. Il en est ainsi pour qui est né du souffle de l’Esprit. » Nicodème reprit : « Comment cela peut-il se faire ? » Jésus lui répondit :
« Tu es le docteur d'Israël, et tu ne sais pas ces choses ! En vérité, en vérité, je te le dis, nous disons ce que nous savons, et nous rendons témoignage de ce que nous avons vu ; et vous ne recevez pas notre témoignage. Si vous ne croyez pas quand je vous ai parlé des choses terrestres, comment croirez-vous quand je vous parlerai des choses célestes ? Personne n'est monté au ciel, si ce n'est celui qui est descendu du ciel, le Fils de l'homme qui est dans le ciel. »

Là encore, nous apercevons la complexité de l’Evangile, pourtant, il est souvent simplifié à outrance lorsqu’ on nous parle de l’amour, de la nécessité d’être humble et de confesser nos péchés. C’est très bien, mais nous voyons que ce texte va bien au delà  de l’amour et de la confession, il est extraordinairement mystérieux. Cela commence par des choses à peu près claires, mais plus le texte progresse, plus il devient mystérieux.

Nicodème est un personnage tout à fait extraordinaire parce qu’il est le contraire des pharisiens qui sont des gens très bien car ils accomplissent tous les rites religieux, mais on s’aperçoit que la religion ne les a pas éclairés, ils sont restés à une religion primaire et sont devenus conformistes et assez durs. Ils sont en train de pervertir toute la tradition et toute la loi. Le Christ est venu, entre autres, pour éclairer les pharisiens et leur apporter la lumière.

Nicodème est tout à fait original par rapport à sa tradition car il vient voir le Christ et lui dit : « Rabbi, nous le savons, c’est de la part de Dieu que tu es venu comme un maître qui enseigne, car personne ne peut accomplir les signes que toi, tu accomplis, si Dieu n’est pas avec lui. », pourtant dans d’autres passages de l’Evangile, lorsque le Christ fait des miracles, on dit qu’il est diabolique. Nicodème tranche totalement avec cette vision négative des pharisiens et il pense que le Christ est vraiment animé par Dieu. On assiste alors à une initiation.

Un dialogue extraordinaire

Le Christ a vu le potentiel spirituel de Nicodème et au lieu d’en rester là, Il l’emmène encore plus loin, de commencement en commencement dans une nouvelle naissance. Ce texte est tout de même extraordinaire, les pharisiens pensent que le Christ est animé par le diable, Nicodème pense qu’Il est inspiré par Dieu, il vient le dire au Christ qui pourrait lui dire : « C’est merveilleux, tu es un homme béni de Dieu, tu as tout compris, effectivement je viens de Dieu. », mais si la relation avec Nicodème en restait là, on manquerait l’essentiel et on ne se servirait pas de la connaissance de Nicodème pour avancer.

Le Christ va faire naître Nicodème à lui-même. En écho à ce qui vient d’être dit, nous assistons à ce dialogue extraordinaire : « Amen, amen, je te le dis : à moins de naître d’en haut, on ne peut voir le royaume de Dieu. » Nicodème lui répliqua : « Comment un homme peut-il naître quand il est vieux ? Peut-il entrer une deuxième fois dans le sein de sa mère et renaître ? » Jésus répondit : « Amen, amen, je te le dis : personne, à moins de naître de l’eau et de l’Esprit, ne peut entrer dans le royaume de Dieu. ». Ce langage est extrêmement mystérieux, Nicodème vient dire au Christ qu’Il est inspiré par Dieu et le Christ lui parle d’une naissance. Pourquoi ?

Le Christ parle d’une naissance parce qu’il faut comprendre ce que veut dire être un homme inspiré par Dieu car cela ne suffit pas de dire que le Christ n’est pas diabolique pour Le reconnaitre. Il faut comprendre le type d’inspiration qu’il y a chez le Christ. C’est la naissance, c’est la nouveauté, oui il est inspiré par Dieu, mais il ne faut pas se tromper, cette inspiration n’est pas ce que l’on croit, elle n’est pas simplement le fait de recevoir une intuition, elle est liée à un état de révolution dont nous n’avons pas imagination. Etre inspiré par Dieu, c’est ce qui se passe lorsque l’homme naît à nouveau, cela veut dire qu’on ne comprend rien à l’inspiration divine si on ne comprend pas ce que veut dire naître à nouveau, c'est-à-dire apparaître au fait d’apparaître. C’est ce qui se passe en Dieu et c’est ce qui se passe partout. Ce qui caractérise Dieu et la trinité, c’est que dans le mouvement trinitaire, on va d’apparition en apparition. Dieu qui est dans l’invisible et dans l’ineffable, rentre dans la relation du Père et du Fils, le l’invisible au visible, et le Fils lui-même fait rentrer l’univers et l’homme dans l’Esprit, le souffle créateur.

L’expérience de l’âme

Nous avons dans le mouvement trinitaire quelque chose qui va de plus en plus dans la nouveauté. Etre inspiré, c’est comprendre ce mouvement de nouveauté et pour comprendre ce mouvement de nouveauté qui est en Dieu, il faut le comprendre en soi-même, dans sa propre vie. Le Christ demande à Nicodème : « Est-ce que toi, tu es né à ta propre vie ? Est-ce que tu as conscience d’être né ? ». Nicodème, par sa réponse, montre qu’il na jamais comprit ce que c’est que naître, Il n’a rien comprit à rien, c’est un docteur d’Israël, il parle de choses divines, il parle de l’homme et il ne comprend rien à l’homme, rien à Dieu, rien à rien. Ce qui montre qu’il ne comprend rien, c’est qu’il pose la question : « Comment un homme peut-il naître quand il est vieux ? Peut-il entrer une deuxième fois dans le sein de sa mère et renaître ? » Nicodème n’a aucune conscience de ce qu’est le temps, il pense que le temps, c’est ce qui va de naissance à la mort, il ignore que dans le plan spirituel, la vie ne va pas de la naissance à la mort mais de la mort à la naissance.

Sa vision du monde est matérialiste, le matérialiste, c’est celui qui pense que l’âme dépend du corps, et il ne voit pas que le corps dépend de l’âme. Lorsqu’on pense que l’âme dépend du corps, on a nécessairement une vision tragique de la vie car, comme le corps s’use et va à la mort, on pense que l’immortalité de l’âme est impossible, que Dieu est impossible, Dieu existerait si, à un moment, on ne mourrait pas, mais regardez, on va tous à la mort ! Quand on fait une expérience de l’âme et de l’Esprit, c’est l’inverse, et c’est Bachelard, un matérialiste, qui le dit, quand au début de « La formation de l’esprit scientifique », il écrit : « avoir une vie intellectuelle et spirituelle, c’est rajeunir ». Plus on a une vie de l’âme, plus on rajeuni, la vie de l’âme, c’est ce qui va de la mort à la naissance. On rencontre parfois des personnes très âgées qui ont une vitalité intellectuelle extraordinaire, bien sûr elles vont mourir au sens physique du terme mais elles n’ont jamais été aussi vivantes et pour elles la mort n’existe plus.

Nicodème n’est pas allé dans l’expérience de l’âme, c’est là que l’on voit l’erreur qui est faite à propos de la religion lorsqu’on en fait un légalisme et qu’on ne comprend pas que la religion véritable est une expérience de l’âme et non pas un système de règles. Il faut comprendre que la véritable loi, c’est la loi de l’âme. Devenez des âmes, allez dans l’âme !

La nouvelle naissance

Nicodème n’est pas simplement prisonnier de son matérialisme primaire, il est aussi prisonnier d’une vision archaïque de la naissance. Quand Nicodème parle de revenir dans le corps matériel, c’est l’idée qu’il faudrait se plonger dans l’inconscient utérin pour retrouver une forme de conscience par rapport à l’état névrotique et pathologique dans lequel on est. Ce serait de l’ordre d’une cure de sommeil qui pourrait nous calmer par rapport aux tensions psychiques que nous avons et nous rajeunir. Nous sommes tous dans un monde marqué par le matérialisme, nous avons une vision sans âme et dans ce monde sans âme, nous pensons qu’une cure de sommeil, un sommeil hypnotique, peut permettre  aux êtres de se régénérer.

Le Christ dit cette deuxième phrase extrêmement importante : « « Amen, amen, je te le dis : personne, à moins de naître de l’eau et de l’Esprit, ne peut entrer dans le royaume de Dieu.» Ceci est intéressant du point de vue du langage, le Christ ne dit pas « Si un homme ne naît à nouveau », Il dit « Si un homme ne naît d’eau et d’Esprit ». L’Eau et l’Esprit, c’est le véritable féminin et c’est le véritable accomplissement de l’homme, nous voyons que le Christ déconstruit le matérialisme de Nicodème pour l’emmener véritablement dans la connaissance.

Premièrement, en parlant de l’eau, il revient vers le véritable féminin, l’homme doit retourner au véritable féminin qui est bien plus qu’un simple sommeil hypnotique dans une forme d’utérus. Le féminin, c’est la réceptivité fondamentale de l’homme à tous les messages divins, le féminin, c’est ce qui a été perdu dans le livre de la genèse. Le péché d’Eve, c’est le problème de l’humanité, c’est qu’elle se coupe de son féminin intérieur qui est sa capacité infinie à recevoir les messages divins et l’injonction divine pour pouvoir être fécondée par eux. Oui, Nicodème va devoir rentrer dans le corps d’une femme, mais ce corps de femme n’est pas du tout celui qu’il imagine, Nicodème est dans la femme matérielle et le Christ l’emmène dans le féminin spirituel.

Deuxièmement, l’Esprit c’est l’accomplissement de ce qui se passe lorsqu’on est allé dans les eaux, les eaux c’est l’alpha et l’Esprit c’est l’oméga. C’est ce qui se passe quand l’information a été reçue, cela produit au centuple et démultiplie l’information. On rentre dans un univers incandescent, ultra lumineux dans lequel, à un moment, on comprend ce que sont la réalité et la matière, c'est-à-dire, l’étoffe de la réalité qui est ineffable. Lorsque les savants ont provoqué la fission de l’atome pour comprendre ce qu’est la matière, ils ont découvert une énergie divine, la bombe atomique. C’est une réaction en chaine qui se trouve à l’intérieur de la matière. Donc, attention ! Dans la matière il y a des forces surpuissantes et le problème c’est que lorsqu’on déchaine ces forces, on ne sait plus comment les arrêter. On ne sait plus comment arrêter Tchernobyl sinon en construisant d’énormes coffrages parce qu’il y a une énergie folle qui se trouve à l’intérieur de la matière.

La chair et l’Esprit

Nous sommes des êtres matériels, mais est ce que nous nous rendons compte que nous ne sommes pas dans une matérialité de mort, mais dans une matérialité de vie. Le christ, en déconstruisant les énoncés de Nicodème, le restructure dans son absolu et lui permet de se resituer.

Il dit alors une troisième partie de ce discours mystérieux : « Ce qui est né de la chair est chair ; ce qui est né de l’Esprit est esprit. ».

La chair, ce n’est pas le charnel au sens grossier, c’est l’essence de nous-mêmes. Merleau-Ponty en parle très bien lorsqu’il dit : « La relation entre le corps et l’âme, c’est que je vis corps et âme, de toute ma chair ». L’homme charnel, au départ, c’est formidable, quand un être humain est capable de vivre de toute sa chair, il est capable de vivre en tant qu’être humain.

Le Christ nous dit que si nous pensons que la chair, c’est ce qu’il y a de mieux dans l’homme, Lui va nous emmener encore plus loin, dans l’Esprit. La chair, ce n’est pas simplement le noyau de nous-mêmes en tant qu’individu, c’est le noyau de l’Esprit, c'est-à-dire que chacun possède en lui tout l’Esprit de la création qui va bien au-delà de soi en tant qu’individu. On n’imagine pas la puissance qui est l’intérieur de nous-mêmes.

« Le vent souffle où il veut »

Le dialogue va encore plus loin : Nicodème est venu et il a dit : «  nous savons que tu es inspiré de Dieu », L’inspiration c’est être né, ce n’est pas simplement être né à nouveau, c’est être né d’eau et d’Esprit, cela veut dire être capable d’aller de la chair à l’Esprit.

Et là nous avons quelque chose d’encore plus inouï dans le discours parce que tout est énigmatique, tout se passe au deuxième degré. Lorsque le Christ parle avec Nicodème, il s’adresse à  son inconscient et à son sur conscient pour l’amener toujours plus loin, dans l’essence de l’essence.

Il lui dit : « Ne sois pas étonné si je t’ai dit : il vous faut naître d’en haut. Le vent souffle où il veut : tu entends sa voix, mais tu ne sais ni d’où il vient ni où il va. Il en est ainsi pour qui est né du souffle de l’Esprit. »  Nicodème lui dit : « Comment cela peut-il se faire ? » Et Jésus lui répond : « Tu es le docteur d'Israël, et tu ne sais pas ces choses ! ». Là, nous sommes au comble de la nébulosité, imaginez le degré d’intensité de discours, de pensée, d’exploration qu’il y a dans ce dialogue, c’est phénoménal !

Quelle est la relation entre l’eau, l’Esprit et le vent dont on entend le bruit mais dont on ne sait ni d’où il vient, ni où il va ? Là, nous sommes dans le cœur du cœur de ce qui se passe quand on va dans une véritable expérience spirituelle.

Nous possédons en nous la puissance de la création et la caractéristique de cette puissance, c’est que personne ne connaît les limites, la finalité, l’accomplissement, nous ne connaissons qu’une chose, c’est le souffle infini.

La plus belle manière de vivre

Si nous sommes capables, premièrement de comprendre que le Christ est inspiré par Dieu, deuxièmement, qu’il faut naître à nouveau, troisièmement, qu’il faut naître d’eau et d’Esprit et quatrièmement, qu’il faut s’ouvrir au souffle créateur, là on est né !

La plus belle manière de vivre, c’est de comprendre qu’on a rien compris, c’est de se situer à terre, dans la Adama, notre terre intérieure qui fait que nous sommes tout petits par rapport à l’immense et que nous ne connaissons encore rien à l’existence. Nous sommes dans l’état d’un nouveau né, nous sommes dans la fragilité extraordinaire et c’est le meilleur moyen de comprendre l’existence.

L’ultime objection de Nicodème qui demande comment cela peut se faire fait penser à toutes ces personnes qui demandent des méthodes et des règles pour arriver dans l’ultra profondeur de l’existence. C’est l’expression tellement affligeante que l’on entend si souvent : « Et moi, je fais quoi maintenant ? », Nicodème est un peu celui qui dit cela, et là, le Christ est obligé de s’arrêter parce que le pauvre Nicodème n’a toujours pas compris, il est encore dans les brumes et le Christ termine en disant : « En vérité, en vérité, je te le dis, nous disons ce que nous savons, et nous rendons témoignage de ce que nous avons vu ; et vous ne recevez pas notre témoignage. Si vous ne croyez pas quand je vous ai parlé des choses terrestres, comment croirez-vous quand je vous parlerai des choses célestes ? Personne n'est monté au ciel, si ce n'est celui qui est descendu du ciel, le Fils de l'homme qui est dans le ciel. » Autrement dit, ne peut le comprendre que celui qui a compris le ciel et la terre, qui a compris ce qui se passe entre le ciel et la terre et le fait qu’à un moment, pour que le ciel descende sur la terre, il faut que quelque part, la terre monte vers le ciel. Il faut qu’il y ait une révolution totale à l’intérieur de nous-mêmes qui nous permette de nous mettre dans notre Christ intérieur, allant de la terre vers le ciel pour faire venir le ciel sur la terre.

 

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Cours de théologie morale par Bertrand Vergely

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