Bertrand Vergely

Introduction à l'éthique de la vie créatrice

L'évidence et la simplicité

retrouvez ICI un extrait de la conférence

 Ces notions sont en relation avec l’Unité. Pour  Berdiaev, la subjectivité est fondamentale aussi bien en Dieu qu’en l’Homme, c’est à travers la subjectivité que l’on saisi la dimension ontologique de l’existence. S’il s’oppose à l’être objectif, il ne s’oppose pas à l’être existentiel.

Une chose est de réfléchir sur la réalité, une autre d’être réel. Il critique le fait de chercher d’une manière théorique la clef de la réalité. La réalité n’est pas quelque chose qui s’étudie, c’est quelque chose qui se vit. On la comprend  en étant soi-même un être réel.

 C’est en étant actif que l’on comprend l’action, en étant libre que l’on comprend la liberté, en étant aimant que l’on comprend l’amour. Lorsque je deviens un sujet vivant, Dieu apparaît en moi-même et en étant ce que l’on est, on découvre que les choses sont ce qu’elles sont, c‘est à dire un principe agissant.

L’expérience qui consiste à devenir activement un sujet est équivalente à l’expérience mystique qui fait découvrir Dieu. Il y a donc une relation entre le sujet et Dieu et c’est ce qui donne l’expérience de la Personne.

On confond souvent la projection subjective avec l’expérience authentique de la subjectivité. Les projections subjectives sur Dieu et sur l’existence proviennent du sujet qui ne vit pas et qui reste enfermé en lui-même en projetant sur Dieu et sur l’existence une vision abstraite. Lorsque le sujet rentre dans l’expérience authentique, il est dans cette communion inouïe qu’il y a à l’intérieur de lui-même, entre Dieu et lui, cela fait que le sujet devient une Personne.

Berdiaev a avancé sa recherche dans la perspective de développer une métaphysique de la Personne qui donnerait l’humanisme authentique que nous cherchons sans arriver pleinement à le trouver.

La pensée de Descartes

Il y a une relation entre la simplicité et la Personne, il y a aussi une relation entre la simplicité et la vérité. Il y a chez Descartes une doctrine fondamentale de la simplicité qui permet de découvrir le fondement d’une réalité éthique. Je distingue l’éthique de la morale, en rappelant que la morale renvoie à des principes et l’éthique à une attitude. Parler de la simplicité s’est se situer dans le domaine de l’éthique et pas simplement de la morale.

Ce qui a conduit Descartes à centrer sa pensée sur la simplicité, c’est la notion d’économie. Les êtres humains se fatiguent et dépensent une énergie colossale pour rien, il faut les aider à économiser leur énergie et à comprendre pourquoi ils dépensent tant d’énergie.

Nous compliquons inutilement les choses. Un dicton Juif dit sur un mode humoristique : « Pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué ? », pratiquement parlant, cela n’a pas de sens, dans la vie pratique, nous préférons passer du complexe au simple.

Cependant il est utile de compliquer les choses pour trois raisons :

Premièrement, pour une raison pédagogique, si je veux lutter contre le simplisme et la pensée hâtive, je vais compliquer les choses en expliquant que celles-ci ne sont pas si simples.

Deuxièmement, si je veux enrichir la réflexion, je vais également compliquer les choses et introduire l’idée qu’elles vont beaucoup plus loin et sont beaucoup plus riches.

Troisièmement, si je veux raconter une histoire et rentrer dans la dimension du récit, je vais aussi compliquer les choses. La substance d’un roman, c’est qu’il est riche de rebondissements et qu’il se structure autour d’un canevas compliqué.

Donc, si je veux mettre en mouvement la pensée, l’écriture, l’inspiration poétique, je vais avoir tout intérêt à compliquer les choses.

Par contre, si je rentre dans la vie pratique de l’humanité, c’est l’inverse. La souffrance humaine est due en grande partie à toutes sortes de complications et d’embrouilles dans lesquelles les personnes ont tendance à se perdre.

Les personnes capables de « débrouiller » une situation sont une véritable providence. Elles amènent de la clarté où il y avait de l’obscurité.

Ce qui m’amène à parler de la simplicité, c’est d’une part la souffrance que l’on a lorsqu’on vit des situations compliquées, et d’autre part, l’expérience du bonheur et l’impression salvatrice qu’il y a à sortir d’une complication inutile.

Dans la tradition, on dit que le diable complique tout en semant ainsi la zizanie, et que les anges salvateurs simplifient les choses.

A la base de la simplicité, il y a un principe d’économie, économisons nos forces en comprenant que la lumière est présente en toutes choses, en nous-mêmes, dans la société et dans la réalité.

Le principe fondamental

A la base de la simplicité, il y a le principe lumineux de l’existence qui est lié au mystère même de l’être et de l’UN à travers l’être. L’UN est le principe fondamental d’où tout découle, on comprend l’importance de dire que Dieu est UN. L’expérience de l’UN c’est l’expérience de la force et  de la puissance et derrière elles, de l’Amour.

La caractéristique de l’UN c’est d’être cette force toujours en accord avec elle-même à travers tout. Toute la création est contenue dans le mystère de l’UN et sa puissance permet de tout rassembler. On a affaire au principe de la création qui sort d’elle-même pour retourner à elle-même et c’est là que nous voyons apparaître le Dieu d’amour à l’origine de tout et qui récapitule tout.

C’est ce que signifie la notion de monothéisme et de Dieu. Dieu est celui qui libère l’Homme, qui l’amène dans la lumière et la liberté. Le Christ dit : « Passez par moi », on pourrait dire aussi : « passez par Dieu », « passez par l’UN ». L’UN explique ce qu’est la réalité, vous vivez une expérience libératrice et vous devenez UN, vous comprenez ce de quoi tout procède et ce qui récapitule tout.

L’expérience de l’UN est à la source de la lumière, l’Amour de Dieu se diffuse, il sort de lui-même et, à la fois, rentre en lui-même. Il est continuelle descente et remontée à travers tout. Nous sommes alors dans le principe lumineux de l’existence.

Le tragique de l’existence

Cela semble loin de Berdiaev qui a une vision tragique de l’existence, pourtant c’est en accord avec sa pensée et cela explique même le tragique. Berdiaev est devenu le penseur qu’il est parce qu’il a fait l’expérience de l’existence, de la subjectivité et de ce qu’il pouvait y avoir de lumineux dans la Personne. Il n’aurait rien pu écrire s’il n’avait pas fait cette expérience lumineuse.

Tout être humain s’enracine dans une expérience lumineuse qui est d’abord l’expérience de sa propre existence, on dit souvent et à raison, que l’icône de Dieu se trouve dans le cœur chaque homme. C’est cette lumière de notre propre existence qui fait que, sans forcément nous en rendre compte, nous sommes attachés au fait de vivre.

Nous aimons la vie et nous souffrons à propos du tragique. C’est parce que la vie que nous sentons en nous ne vit pas partout que nous souffrons de l’état du monde. Le tragique est la conséquence de l’expérience de la Beauté, de la lumière et de l’UN. On ne souffrirait pas autant de l’état du monde si on n’était pas habité par ce principe d’unité et de lumière que nous sentons dans notre propre existence.

La présence au Moi

Descartes a fait de l’expérience de la lumière et de la simplicité le fondement de la connaissance et de la morale.

Le « Discourt de la méthode »  de Descartes raconte l’itinéraire intellectuel de Descartes lui-même et notamment, la découverte de ce qu’il pense être la découverte la plus extraordinaire, l’expérience de la science véritable, l’expérience de la présence au Moi.

Comment peut-on relier la connaissance au Moi, alors que quelque part, rien n’est plus opposé à la science que le Moi, rien n’est plus orgueilleux que le Moi lui-même ? Le Moi que je ne vis pas est plein de passions, mais le Moi que je vis est la source d’une connaissance, d’une science et d’une haute morale.

Beaucoup de gens ne comprennent pas ce qu’ils disent, ils tiennent des discours obscurs parce qu’ils ne pensent pas ce qu’ils pensent, ils ne pensent pas ce qu’ils disent, ils n’écoutent pas ce qu’ils disent. A l’inverse dès que vous pensez ce que vous pensez, que vous dites ce que vous dites et que vous sentez ce que vous sentez, on passe à un autre niveau et ce qui était obscur devient clair.

Les paroles fortes de l’existence, celles qui nous parlent, qui nous touchent, qui nous transforment et parfois nous bouleversent, sont le fait d’hommes et de femmes qui habitent leurs paroles et qui disent vraiment ce qu’ils disent et pensent vraiment ce qu’ils pensent.

On a là une clef de connaissance qui est totalement ontologique. Lorsque le Christ dit : « Quand tu dis oui, que ta parole soit oui, quand tu dis non, que ta parole soit non », « Si tu as des oreilles, que tes oreilles entendent et si tu as des yeux, que tes yeux voient. », nous apercevons que lorsque nous pensons ce que nous pensons, et que nous disons ce que nous disons, nous avons des yeux pour voir et des oreilles pour entendre, nous sommes dans la présence de nous-mêmes qui en même temps laisse parler la présence divine.

Quelqu’un parle avec science lorsqu’il est constamment présent dans son discourt et que étant présent, il contrôle ce qu’il dit. Cela transforme l’expérience de la connaissance et du savoir en une expérience spirituelle.

Quand nous disons des choses justes, c’est parce que nous avons été présents de tout notre être à ce que nous disons, et lorsqu’il y a de erreurs, c’est parce que nous ne sommes plus présents. L’expérience profonde de penser ce que l’on pense donne une clarté au discourt et cela permet de « débrouiller » les problèmes de l’existence.

Il ya là un haut enseignement spirituel qui vient directement de la tradition,

Paradoxe de Descartes : il prétend être libre et penser par lui-même,  mais il n’y a pas plus traditionnel que d’agir comme il le fait. Lorsqu’il pense par lui-même, il ne fait rien d’autre que s’inscrire dans la lignée de Socrate et derrière elle dans la lignée du « connait toi toi-même » inscrit sur le temple d’Apollon à Delphes. Il y a chez Descartes une expérience de la Présence et nous voyons là,  apparaître la simplicité.

Diviser les difficultés

Dans son « Discourt de la  Méthode »  Descartes nous dit la chose suivante : « Ne jamais vouloir résoudre un problème d’un coup, mais diviser les difficultés ». Cette règle a été fort mal comprise et beaucoup de personnes comme Bergson pensent que Descartes est un mécanicien et qu’il divise tout pour pouvoir tout recomposer, parce qu’il pense que la réalité est une machine qui peut se décomposer et se recomposer. C’est une erreur, Ce n’est pas la réalité qu’il faut diviser car elle  est indivisible, ce sont les difficultés, pour éviter de porter tous les problèmes d’un seul bloc.

Les problèmes de l’existence viennent de nous-mêmes et non pas de l’existence, nous voulons avaler le monde dans notre pensée et nous ne comprenons pas que les tous les  problèmes viennent du « fouillis » dans lequel nous nous trouvons. Beaucoup de problèmes se présentent simultanément, l’existence n’est pas mauvaise en elle-même, elle est plutôt riche mais nous ne savons pas gérer cette richesse. Nous avons la tentation de vouloir l’appréhender d’un seul coup, nous créons des difficultés et nous perdons le fil de la réalité.

L’expérience de la simplicité

Il faut toujours revenir, dans la réalité, à un élément simple à partir duquel on va pouvoir ordonner le monde, toujours comprendre que la lumière et la présence qui se trouvent en nous, se trouvent aussi dans les choses et les réalités autour de nous.

L’expérience de la simplicité c’est une confiance fondamentale dans l’existence à partir d’une confiance en soi et dans ce qui est. Il y a en nous un principe lumineux que nous pouvons écouter, d’autre part, il y a autour de nous des présences lumineuses, des éléments simples. La simplicité, c’est de poser cela comme principe de départ, c’est un peu comme une prophétie auto réalisatrice, c’est parce que je me dis que je peux résoudre un problème, que quelque part, je peux le faire. C’est parce que je peux trouver en dehors de moi, la simplicité que je trouve en moi, que je parviens à surmonter les difficultés. Il y a là un élément important qui ouvre à une pratique de la subjectivité.

Berdiaev n’a qu’une réponse au tragique de l’existence, pour lui, c’est une catastrophe qui vient du fait que les êtres se sont arrêtés de vivre et qu’ils se sont endormis. L’expérience de la simplicité et de la lumière peut leur permettre de se réveiller. Le monde autour de nous multiplie les problèmes et les confusions parce qu’il est entré dans un sommeil spirituel tragique et il peut sortir de ce sommeil en faisant l’expérience de la simplicité.  Sortir du tragique, c’est s’apercevoir que ce tragique n’est pas une fatalité parce qu’il suffit de refaire l’expérience de ce que l’on est pour en sortir.

L’homme divin

Descartes explique que l’Homme est la clef de tout ce qui se passe autour de nous, il s’agit là de l’Homme divin tel qu’on en parle lorsqu’on dit que le Christ est le fils de l’Homme.

Lorsque Moïse demande à Dieu « Quel est ton nom. », Dieu répond : « Mon nom est  Je Suis ». Dire « je suis » ce n’est pas parler de l’être, c’est parler de l’expérience, de la vie, de ce qui se passe quand Dieu et l’Homme sont vivants, quand nous sommes à l’intérieur de ce « Je Suis » et que nous le faisons vivre.

La morale pratique de Descartes

Ce qui est dit sur le plan de la connaissance a son équivalent sur le plan de la morale pratique. Descartes ne sépare pas la pratique de la connaissance, parce que contrairement à ce qu’on pense,  son projet n’est pas la recherche de la science, c’est la recherche  de la sagesse. Le but de Descartes n’est pas la connaissance, c’est le fait de savoir comment bien conduire sa vie. Cela veut dire bien conduire ses passions, et être capable, à un moment, d’être présent à ce que l’on vit. A propos de la vie pratique, il nous dit trois choses :

1/ Accepter la société dans laquelle je vis, la morale dans laquelle j’ai grandis et la religion dans laquelle j’ai été élevé.

2/ Toujours agir. Préférer agir et se tromper que ne pas se tromper et ne pas agir

3/ Changer nos désirs plutôt que l’ordre du monde

Accepter les choses.

C’est arrêter de prendre le monde pour plus bête qu’il n’est, arrêter de penser qu’il ne se fait rien de bien dans la société, dans la morale ou dans la religion. Comprendre qu’il y a partout autour de nous des gens infiniment plus intelligents que nous. A maintes reprises, Descartes nous dit : « Je vous dis ce que je vous dis, mais si vous trouvez des gens plus intelligents que moi, surtout, suivez-les et écoutez-les ». Accepter le monde dans lequel on vit, cela veut dire, écouter le monde parce qu’il a des choses à nous dire qui sont bonnes pour nous et pour la réalité dans laquelle nous vivons.

Dans cette idée d’acceptation, il y a la même chose que ce que l’on a développé à propos de la connaissance, c’est à dire, la présence à soi et la présence à ce qui est en face de soi. Effectivement la vie pratique et le monde autour de nous ont quantités de choses à nous apporter.

J’ai grandis et passé toute ma vie dans un monde qui prétendait exactement le contraire, je suis un enfant de Mai 68 et depuis mai 68, j’ai toujours entendu dire qu’il ne fallait surtout pas accepter le monde dans lequel nous vivons, que la morale, la société, la religion étaient mauvaises et que vouloir obéir aux lois était dangereux car il existait des lois mauvaises comme les lois raciales édictées par Hitler. Donc, par là même, être un citoyen, c’était ne pas accepter  la morale,  la religion,  la société et  les lois afin de transformer le monde.

Ce discourt est encore très à la mode, mais c’est une idée absurde parce qu’elle est contradictoire pour deux raisons.

Premièrement, le monde est-il totalement mauvais, la morale, la religion et les lois sont-elles totalement mauvaises ? Bien évidement que non. Ce n’est pas parce que certains de leurs aspects sont mauvais que toutes sont mauvaises.

Deuxièmement, en général, les gens critiquent la morale, la religion, la société et les lois pour faire exactement la même chose, car ils proposent, de nouvelles lois, une nouvelle société, une nouvelle morale et une nouvelle religion.

On s’aperçoit que ce discourt est totalement incohérent.

Ce qui est important c’est une expérience de la Personne et c’est cela qui est proprement révolutionnaire. Être révolutionnaire, c’est faire volte-face non pas par rapport au monde mais par rapport à soi-même et par rapport à son propre orgueil. Le véritable révolutionnaire, c’est celui qui a révolutionné le tyran qui existe à l’intérieur de lui-même.

Celui qui change le monde, c’est celui qui est capable de montrer que la réalité des hommes, la société, la morale et les lois ont des choses à nous apprendre. C’est extrêmement rare, mais cela amène de la lumière à l’intérieur de la société. Cette vision des choses est une actualisation du Christ, Ce qui caractérise la pensée de Berdiaev, c’est d’être au départ la pensée d’un révolutionnaire athée qui pensait qu’il fallait débarrasser le monde du christianisme. Ors, sa grande surprise, c’est d’apercevoir que les révolutionnaires qu’il a suivit n’ont rien révolutionné mais qu’en revanche, le christianisme qu’il pensait inutile, apparait d’un coup à ses yeux d’une richesse inouïe.  Là, nous avons l’exemple même d’une révolution.

En fait, l’expérience de Descartes et celle de Berdiev sont les mêmes parce que ce n’est ni l’expérience de Descartes, ni celle de Berdiaev, mais c’est l’expérience de la Personne. C'est-à-dire que quand, je suis attentif à la présence de la lumière qui est en moi, je sors des stéréotypes et des idées toutes faites, je deviens un homme libre, je suis capable de dire que les hommes ont des choses à nous apprendre, que la société, la morale et la religion sont des choses intéressantes et fondamentales.

Nous n’en n’avons pas fini avec le christianisme et cela change complètement la face du monde, cela nous permet d’avoir confiance en nous-mêmes, d’aborder la réalité et d’avoir du discourt afin d’éviter une ébriété révolutionnaire dont on a vu les désastres qu’elle peut générer.

Avoir confiance dans l’action.

Descartes nous dit «  Il vaut mieux agir et se tromper que ne pas agir par peur de se tromper ». C’est intéressant parce que cela permet de fonder une véritable confiance dans la réalité.

Qu’est ce qui fait qu’on se trompe dans la vie ? Ce n’est pas qu’on se trompe, c’est qu’on a peur de se tromper. L’erreur, c’est la peur de faire des erreurs, Quand on analyse les choses, on s’aperçoit qu’une erreur n’est jamais une erreur et un échec jamais un échec. Quand nous agissons, nous ne cessons pas d’apprendre et nous apprenons autant à travers les choses qui ratent qu’à travers les choses qui réussissent.

Il y a des gens qui sont vivants, qui agissent, et quand on agit, on sait et on ne sait pas, on réussit et on ne réussit pas, le problème n’est pas là. Quand nous sommes au cœur de l’action, il n’y a jamais d’échec. En revanche, l’erreur et l’échec, c’est le manque de confiance que nous avons par rapport à la réalité, on a des préjugés qui font que quelque part, on a une peur, voir une colère ou une espèce de haine par rapport à cette réalité.

Dans la vie, l’erreur, c’est quand je me trompe vis-à-vis de quelqu’un ou de la réalité, quand je leur prête des intentions mauvaises. Tout d’un coup, je suis bouleversé  lorsque je m’aperçois que la personne est en fait une personne merveilleuse et a des tas de choses à m’apporter,  je me dis alors : «  Mon Dieu ! Quelle erreur j’ai faite ». Même chose pour la réalité quand je pense que celle-ci est mauvaise et que je n’aperçois pas qu’elle m’apporte des tas de choses.

Parfois, je vais apprendre des échecs. Qu’est ce qu’un échec ? C’est qu’à un moment, j’ai pris une mauvaise voie, et c’est en la prenant que je découvre la bonne voie. En fait, l’erreur n’existe pas dans la réalité, elle n’existe qu’en moi lorsque je ne vis pas.

Changer ses désirs plutôt que l’ordre du monde.

Lorsque Descartes a dit cela, beaucoup ont pensé qu’il refusait de changer le monde et qu’il se retirait à l’intérieur de lui-même. En fait Descartes nous dit qu’il faut accepter de n’être ni des dieux, ni des rois, mais d’être simplement des hommes.

 Ce qui perturbe notre humanité c’est l’idéalisme déçu. Beaucoup de gens ont cru dans des tas de choses, et tout d’un coup, ça n’a pas marché, alors ils décident de ne plus y croire. On passe d’un extrême à un autre, de l’idéalisme à la colère et on casse le jouet avec lequel on jouait. Cela donne énormément de violence, de désespoir et de colère. C’est un peu l’état du monde dans lequel nous vivons, il y a beaucoup d’idéalisme déçu et les idéalistes déçus regrettent de ne pas être des dieux ou des rois. Ils ne voient pas qu’il n’y a pas plus divin ni plus royal que d’être un homme.

Qu’est-ce qu’un roi ?  Qu’est-ce qu’un dieu ? C’est ce qui se passe chaque fois que l’on est content avec soi, c’est  être dans cet état d’harmonie et de contentement de soi que cherchaient les grecs anciens. Cela revient à être dans la contemplation, à  être capable de regarder la lumière dans la réalité.

C’est ce qui se passe lorsque je suis capable d’épouser le moment présent et que je m’aperçois qu’il y a une formidable lumière à l’intérieur de ce que je vis, mais que je ne l’avais pas vue.

Si je commence à voir cette lumière, je m’aperçois que quantité de faux désirs et de faux besoins tombent et que j’ai besoin de très peu de chose pour être heureux. Je découvre alors qu’il y a quelque chose de divin parce qu’il y a quelque chose de saint et de royal.

Descartes et la mystique

Si nous apercevons le fondement de la morale cartésienne,  nous voyons qu’il y a une magnifique expérience de la Personne et du Christ, mais qui n’est pas nommée. Cette expérience est formulée sur un mode laïque mais qui en fait, est totalement mystique à la base.

Beaucoup de lecteurs de Descartes n’y comprennent rien et le traitent d’idéaliste en disant que cette simplicité et cette lumière, c’est beaucoup trop simple, c’est naïf et trop idéal. C’est effectivement cela si on les regarde de l’extérieur sans un regard mystique. Mais si nous sommes capables d’apercevoir que tous les présupposés de Descartes sont mystiques et viennent de la tradition dans laquelle il a grandi, nous nous rendons compte que ce n’est absolument pas naïf mais que c’est extrêmement profond.

Cela rejoint la tradition des pères  de l’Église qui nous apprennent à vivre avec humilité et simplicité. L’expérience de l’humilité, c’est l’expérience de la simplicité et de la présence à la réalité que je fais à l’intérieur de mes pensées, de la société et de toutes choses.

Maitre Eckart

Je terminerai en parlant de maitre Eckart et en montrant qu’il y a une relation entre Berdiaev, Descartes et Maitre Eckart.

Maitre Eckart est une des figures brillantes du Moyen-âge, Il a recherché la subjectivité absolue, il a fait de l’âme un principe indivisible dans lequel même Dieu ne pouvait pas rentrer. Il invente l’individu absolu au Moyen-âge. Il est le penseur de la Personne et de la subjectivité absolue. C’est la raison pour laquelle Berdiaev est passionné par Maitre Eckart et sa vision de l’individu absolu.

La subjectivité et Dieu, c’est la même chose, non pas au niveau des réalités, ce serait une hérésie de dire cela.  L’Homme n’est pas Dieu et Dieu n’est pas l’Homme, mais au niveau de l’expérience, c’est la même chose. Faire l’expérience du sujet, c’est rentrer dans son principe agissant, c'est-à-dire dans Dieu qui se trouve dans le sujet. Faire l’expérience de Dieu c’est faire l’expérience du principe agissant qu’est Dieu et c’est découvrir le sujet qu’il y a en Dieu.

Ce qu’il faut retenir, c’est que Dieu et l’Homme se rencontrent dans l’expérience et dans le principe agissant qui vit à travers eux. Nous comprenons pourquoi on ne peut pas rentrer dans le principe agissant, parce que celui-ci est à l’origine de tout.  Donc lorsque maitre Eckart dit : « Même Dieu ne peut pas rentrer dans l’âme de l’homme », cela ne veut pas dire que l’homme est une chose irréductible, enfermée sur elle-même, cela veut dire que ça n’a pas de sens , car cela n’a pas de sens de vouloir rentrer dans la vie lorsqu’on est déjà vivant.

Ce qui fait que Dieu et l’Homme communiquent, c’est qu’ils ne cherchent pas à rentrer l’un dans l’autre, le fait même qu’ils soient ce qu’ils sont fait qu’il communiquent. Dieu est en l’Homme et l’Homme est en Dieu parce qu’ils sont tous les deux dans la vie et là, nous avons une vision merveilleuse de l’expérience.

Maitre  Eckart nous ramène à la pratique et à l’expérience de la présence à soi et à ce qui est autour de soi. C’est un maitre d’unité et de simplicité.

En résumé

Berdiaev, Maitre Eckart et Descartes portent vers une même réalité passionnante et d’une richesse extraordinaire, à savoir que l’expérience de la Présence est au fondement de la Personne.

Là nous avons affaire à une éthique créatrice.

Lorsque vous faites de l’expérience de la Présence la source de la morale, vous êtes enseigné de l’intérieur par la Présence, enseigné de l’intérieur par le Christ qui vit en vous. Le meilleur professeur de morale se trouve en vous et il n’attend que vous.


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Cours de théologie morale par Bertrand Vergely

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