Bertrand Vergely

Le Pardon, plus qu'une vertu, une merveille

Écoutez la conférence en MP3

 

Nous allons essayer de débrouiller la question difficile du pardon et pour nous mettre dans l’ambiance, je vous propose un petit exercice qui va nous faire la plus grand bien. Nous allons décroiser les jambes et bien nous assoir dans notre siège, puis nous allons prendre cinq grandes respirations, et là, nous allons en quelque sorte pratiquer le pardon. Nous allons former une famille spirituelle et cela va nous permettre d’être beaucoup plus réceptifs au pardon.

Donc, nous fermons les yeux, nous rentrons notre esprit dans notre ventre et nous prenons cinq profondes respirations qui montent jusqu’au niveau des yeux et qui redescendent.

 

Une certaine confusion

A propos du pardon, je suis en général assez déçu de ce que je lis et entend, et j’ai l’impression que l’on vit dans une confusion parce que le problème fondamental du pardon n’a pas été vu.

Deux choses me frappent concernant le pardon :

Premièrement, la manière dont on nous dit qu’il faut pardonner.

Je la trouve extrêmement dure et assez utopique, il semble souvent qu’on demande aux gens l’impossible. J’ai entendu à la radio ce que disait Laetitia Hallyday concernant les démêlés qu’elle a avec ses beaux enfants, elle a dit tout en vrac : « je souffre énormément, je suis rouée de coups, mais je suis prête à pardonner », bien qu’en tant que tel, cela semble très honorable, j’ai le sentiment qu’il y a quelque chose de faux à l’intérieur de cela.

Le pardon ça ne se fait pas comme ça, de même que j’ai été très gêné par un livre écrit après le Bataclan par un homme qui avait perdu un membre de sa famille, il l’avait intitulé : « Vous n’aurez pas ma haine ». C’est très beau mais le pardon qui se met en spectacle, le pardon qui se met à écrire des livres, le pardon qui commence à faire des déclarations, c’est quelque chose qui sonne faux. Un peu comme si on avait peur de ne pas pardonner et pour donner l’impression qu’on va la faire, on déclare qu’on va pardonner.

Cela renvoie à un constat très désagréable, d’un côté on est très laxiste à l’égard de la violence et quand les gens la subissent, on leur demande de pardonner.

Vous avez des gens qui ont subit des choses terribles dans la vie et on leur demande comme ça, de but en blanc de pardonner. Je ne suis  pas d’accord, je crois qu’on ne peut pas pardonner comme cela, et c’est ce qui scandalise Ivan Karamazov dans « Les frères Karamazov ». Lorsqu’il explique qu’il ne croit pas en Dieu, c’est à cause du raisonnement de certains théologiens qui expliquent que premièrement qu’il faut souffrir pour réparer le péché originel, et deuxièmement qu’il faut pardonner.

Il prend l’exemple d’un enfant qui un jour en jouant avec les chiens du seigneur de la région, les blesse. Un matin, le seigneur fait venir l’enfant avec sa mère, il y a là ses équipages de chiens et tous ses servants, il fait déshabiller l’enfant et le donne à dévorer à ses chiens devant les yeux de sa mère. Ivan Karamazov demande : « cet enfant devait souffrir pour réparer le péché originel, et en plus la mère doit pardonner ? », si c’est comme ça, je rends mon billet, si véritablement aller au paradis nécessite que des innocents meurent dans des conditions atroces, je dis NON !

Qui a le droit de pardonner ce genre de crime ?

Je trouve que cette vision des choses est juste et je trouve curieux qu’il y ait autour du pardon beaucoup de dureté et de violence, il est mal vu de ne pas pardonner, il faudrait absolument pardonner, mais qui est capable de tout pardonner ?

Même le Christ n’a pas tout pardonné, il a dit dans les Évangiles : «  Le péché contre l’Esprit ne sera pas pardonné », ne soyons pas plus royaliste que le roi et plus chrétien que le Christ.

Deuxièmement, s’il y a une grande dureté par rapport au pardon, il y a quelque chose de tout aussi inquiétant, c’est le fait de ne pas pardonner, le fait d’être impitoyable. Il y a des univers impitoyables dans lesquels on ne se pardonne rien et où il y a une dureté ambiante proprement affolante. Paradoxalement, il y a beaucoup de faiblesse à l’égard de la dureté ambiante, on est  d’une complaisance coupable à l’égard de la haine et de la vengeance.

Il y a un climat de confusion, on parle du pardon sur un mode très dur et on est d’une étrange faiblesse à l’égard de la dureté.

Pourquoi se pose-t-on si mal  la question du pardon ?

Ces attitudes sont les deux faces d’une même médaille qui participent de la condition infantile dans laquelle nous nous trouvons. C’est la vision de l’enfant qui aspire à ce qu’une maman lui pardonne tout et en même temps lui permette d’être un petit tyran. Je crois que nous sommes un peu dévorés par cela, ce qui fait qu’il y a un étrange malaise autour de la relation de pardon, beaucoup de dureté, beaucoup de faiblesse et quelque chose d’infantile.

Il est nécessaire de reconstituer quelque chose de cohérent et nous allons essayer de repenser de manière à peu près correcte la question du pardon sans être dans la dureté ou dans le laxisme.

 

La réalité du pardon

Il faut revenir à la réalité du pardon, le pardon, c’est ce qui intervient quand il y a une relation humaine avec des gens qui se parlent et chez lesquels il y a deux choses importantes.

Premièrement le pardon c’est quelque chose qui se demande et c’est quelque chose qui se donne, c’est beau de le demander et c’est magnifique de le donner.

Deuxièmement le pardon renvoie à une vision du monde et c’est quelque chose d’extraordinaire parce que cela nous emmène dans la plus grande profondeur de la vie, qui est la possibilité même de la vie. Lorsque Bergson a réfléchit sur la religion, il a expliqué que la religion était plus intelligente que l’intelligence parce qu’elle possède l’intelligence de la vie, qui est de croire en trois choses :

  • Que la vie est plus forte que la mort
  • Que l’humanité est plus forte que la violence
  • Qu’il est possible de pardonner

Un être religieux adhère à une source transcendante et ineffable d’existence, et adhérer à cette source, c’est quelque chose que le rationaliste moyen ne peut pas comprendre. Pour lui, Dieu est une invention de l’homme, une illusion rassurante. Du point de vue rationnel, il a raison, mais du point de vue pratique, il a tort.

Du point de vue rationnel, il a raison parce qu’il est impossible de penser qu’il existe quelque chose qui dépasse la nature et l’homme. Étant donné que pour comprendre cette chose, il faudrait la ramener à la nature et à l’homme, or c’est impossible parce qu’elle est radicalement différente et transcendante par rapport à la nature et à l’homme. On ne peut pas croire rationnellement en Dieu parce qu’on aimerait le ramener à quelque chose d’humain et de matériel, mais Dieu n’est ni humain ni matériel, Dieu n’est pas une chose et le rationaliste dit qu’il ne croit pas en Dieu parce que Dieu n’est pas une chose, mais quand Dieu est une chose, ce n’est plus Dieu.

Cependant du point de vue de la pratique il en va autrement. Dieu on le vérifie tous les jours, on le vit tous les jours. Bergson disait que si on pensait que la vie se termine par la mort, que l’homme a toujours été méchant et que le pardon est impossible, on ne vivrait pas deux minutes. C’est un peu comme vous disiez à quelqu’un : « Tu vas être dernier de cette course mais prends le départ et vas-y ! », vous plombez complètement cette personne.

Nous vivons parce que nous pensons qu’il y a quelque chose qui est plus fort que la mort et que la vie vaut infiniment la peine d’être vécue, parce que nous pensons que l’humanité peut vivre autrement que dans la haine et la violence et parce que, parfois dans la vie il y a des êtres qui ont pardonné nos erreurs et nos fautes, qui ont enlevé de nos épaules le poids de la culpabilité et nous ont donné une deuxième vie.

C’est cela la signification du pardon, dans la vie nous faisons tous des erreurs et des fautes, et ce qui nous permet de vivre, c’est qu’on nous laisse une deuxième chance pour vivre malgré nos fautes et nos erreurs.

L’inouï du pardon fait que quand des êtres sont capables de pardonner, ils sont capables de réparer la vie et de la restaurer.

Dieu n’a pas simplement créé le monde, il a créé un monde capable d’être sauvé et réparé, et c’est ce que fait la miséricorde. Si le monde avait été créé sans possibilité d’être réparé et sauvé, le monde n’aurait pas existé. Le monde peut être vivable parce qu’il peut être réparé et cela veut dire que la pardon est inscrit dans la racine de la vie.

Si nous ne savions pas, à l’intérieur de nous-mêmes que nous pouvons être pardonnés malgré nos erreurs et nos fautes, la vie humaine serait impossible.

Lorsqu’il y a une véritable méditation sur le pardon, celui-ci est magnifique.  C’est parce qu’on ne prend pas le temps de penser, de méditer, de vivre avec notre humanité et d’écouter ce qui nous faite vivre que nos relations au pardon sont si difficiles.

 

Une vision thérapeutique

Pour comprendre le pardon, il faut rentrer dans ce que j’appelle une vision thérapeutique de l’existence, le pardon c’est une médecine, c’est la plus grande médecine qui soit. Je citerai le cas d’un homme en fin de vie qui était dans un état de délabrement extrême et on se demandait pourquoi il persistait à vivre malgré tout. On s’est aperçu que ce qui le retenait, c’est qu’il avait mal agit à l’égard de ses  enfants et qu’il voulait leur demander pardon, lorsqu’il a pu le faire, il est partit. Cela veut dire que quand on porte en soi quelque chose qu’on n’arrive pas à pardonner ou à se faire pardonner, on porte un poids très lourd, et lorsque le pardon arrive, on est libéré miraculeusement.

Une loi d’équilibre

Mais pour bien pardonner, il faut comprendre la loi d’équilibre qu’il y a derrière le pardon, car le pardon n’est pas simplement un effet du cœur, c’est l’effet d’une loi d’équilibre extrêmement profonde dont il importe de respecter tous les éléments, sinon le pardon est impossible.

Nous avons tant de mal à pardonner parce que nous ne sommes pas initiés à la loi d’équilibre de la vie et qu’on demande à des personnes de pardonner de but en blanc alors qu’elles ont subit des choses extrêmement graves qu’elles n’arrivent pas à oublier du jour au lendemain. Il faut donc faire très attention, et malheureusement, dans notre cher christianisme, il y a des gens qui font des erreurs et qui demandent de pardonner sans en donner les moyens.

Cette loi d’équilibre de la vie passe par trois éléments : La loi, l’homme et l’Esprit.

La loi, c’est la vérité, l’homme c’est l’amour et la relation entre la vérité et l’amour c’est l’Esprit.

La loi

La vie obéit à une loi rigoureuse et on n’a pas le droit de commettre des fautes. Il importe d’introduire dans notre esprit l’idée qu’il y a des choses impardonnables dans la vie et il faut arrêter de vouloir tout pardonner.

Les trois choses impardonnables sont :

  • Les fautes d’orthographe
  • Les fautes de calcul
  • Les fautes de goût

Ce qui fait de vous les adultes rayonnants que vous êtes, c’est le fait que vous ayez eu des maitres qui ne vous ont pas laissé passer les fautes d’orthographe et ceci qui fait que vous pouvez vous exprimer correctement en français. Sans cela, vous ne pourriez pas vous exprimer, vous seriez totalement handicapés et vous en voudriez à vos maitres  de ne pas avoir sanctionné vos fautes d’orthographe.

Il en est de même pour le calcul, ce qui fait que nous pouvons utiliser des machines ou prendre l’avion sans que celui-ci ne s’écrase, c’est qu’on a respecté un certain nombre des règles mathématiques pour sa fabrication. On n’a pas le droit d’être négligent et il n’est pas question de pardonner à quelqu’un qui a été négligent. Que diriez-vous si en allant faire réviser votre voiture, le garagiste ne vissait pas les roues de votre véhicule ?

Dans la vie, il faut savoir qu’il y a des règles très strictes et dans son livre « L’étoile de la rédemption » Franz Rosenzweig un grand philosophe du 20ème siècle explique que les lois des mathématiques et du langage sont les lois de la création divine et que ces lois sont impitoyables. Ce sont ces lois qui font que nous pouvons devenir des adultes, c'est-à-dire des êtres capables de langage et d’action parce qu’on a un sens de la cohérence et qu’on dit ce que l’on fait.

Il y a également des fautes de goût qui sont impardonnables, tout le monde croit que l’esthétique est une affaire subjective et que chacun a ses goûts. C’est faux ! Nous sommes dans un monde qui est vivable parce qu’il est cohérent et qu’il respecte les règles de l’esthétique.

Respecter ces règles est un juste équilibre entre l’originalité d’une part et la collectivité d’autre part. La relation individu / société se fait au niveau des goûts et de la culture. Quand il n’y a pas d’originalité, on est dans la banalité et quand il n’y a pas le sens de la collectivité, on est dans l’outrance,  l’obscénité, l’impudeur et la vulgarité. Entre les deux, il y a ce qui est vivable.

Nous sommes dans un monde qui aime bien l’originalité mais qui ne tolère pas la vulgarité, l’obscénité, l’outrance et l’impudeur. Quand les gens sont impudiques, ça gêne tout le monde et on est immédiatement rappelé à l’ordre parce qu’il en va de l’équilibre du monde. La faute de goût c’est d’introduire quelque chose de totalement impudique dans la relation sociale qui fait qu’à un moment tout le monde est concerné, gêné et mal à l’aise.

 Il est important de comprendre qu’il y a des lois d’équilibre qui  sont liées à l’expérience du goût, du langage et des chiffres, mais il y a autre chose de très important et c’est l’élément de l’homme.

L’homme

La vie passe par des règles qui lui permettent d’exister, mais elle passe également à travers des hommes capables de vivre, sachant que l’homme est la partie la plus vivante de la vie parce que c’est le moment où l’homme devient Homme que la vie s’intériorise.

Il faut du temps pour faire un homme, il faut beaucoup de choses, il faut beaucoup de transformations. Ce qui fait que nous avons une science de la vie c’est que nous sommes respectueux du parcours de chacun et du temps qu’il faut pour devenir un homme, des différents parcours qu’il utilise, des transformations, des crises et des moyens inventés pour traverser ces crises. Il est très grave de ne pas respecter la réalité humaine à travers le temps, la diversité et les actions transformatrices.

On peut réfléchir à la laïcité et derrière, à ce qui nous permet de vivre ensemble.

Il y a deux choses qui permettent la laïcité, l’école et le sens des parcours et des histoires individuels. Vivre ensemble, c’est apprendre ensemble, c’est grandir ensemble et c’est apercevoir que chacun de nous a une histoire, un parcours personnel. Quand nous sommes capables de vivre en apprenant et en ayant le sens des parcours individuels, nous rentrons dans la compréhension humaine, nous dépassons les conflits, les agacements, les rejets, les discriminations et tout ce qui fait mal.

Cela nous emmène dans quelque chose qui est magnifique et qui est la patience. Il faut du temps pour faire de la vie et pour faire des hommes, il faut permettre à la vie de s’exprimer en lui donnant du temps, en acceptant la diversité et en acceptant qu’elle passe par plusieurs phases de transformation

Cela veut dire que l’homme est limité et qu’il faut accepter les limites humaines, cela veut dire que les hommes sont ignorants, ils ne savent pas tout, tout de suite, cela veut dire aussi qu’ils sont faibles et ils mettent du temps à devenir forts.

Ce qui est magnifique dans la vie, c’est quelqu’un qui est capable de compréhension humaine, de patience et qui a l’intelligence du temps et de la diversité des actions. Cela apporte quelque chose de miraculeux qui permet de surmonter les malentendus. Ce qui fait que nous sommes malheureux, c’est le sentiment que nous ne sommes pas reconnus, que nous sommes jugés, condamnés, rejetés et que nous ne pouvons pas exprimer ce que nous sommes. On se sent coupable et on se demande ce qu’on a fait pour être ainsi rejeté, alors on a envie de culpabiliser les autres et on vit dans quelque chose qui est une véritable peste.

Cette peste, malheureusement, on y est confrontés quotidiennement, et il est merveilleux de rencontrer quelqu’un qui a de la patience, qui écoute notre parcours, qui nous donne la possibilité de pouvoir nous exprimer, de prendre des parcours parfois sinueux et, à un moment, d’apprendre à exister.

Un bon professeur, c’est celui qui comprend qu’on ne comprend pas, il y a des professeurs qui ne comprennent pas cela, ils voudraient que tout le monde soit aussi professeur qu’eux. Eh bien non ! Si on est professeur, nécessairement, on a des élèves qui sont ignorants et on doit comprendre qu’ils ne comprennent pas et pourquoi ils ne comprennent pas.

On est là devant une « anti-loi », il y a la loi mathématique de la vie, la loi du langage, la loi du goût, la loi rigoureuse, et il y a aussi quelque chose qui échappe à la loi, c’est l’expérience vivante d’un être humain à un autre être humain. Nous sommes capables de patience, d’épouser le temps, la diversité, et de vivre dans un univers qui se transforme.

Articuler ensemble ces deux éléments, c’est rentrer dans la logique du pardon qui est la logique même de l’Esprit et on comprend ici pourquoi le Christ dit dans les Évangiles que le péché contre l’Esprit ne sera pas pardonné. Il y a des fautes impardonnables liées au langage, aux mathématiques et au goût, mais il y a des choses impardonnables au niveau spirituel qui sont de ne pas respecter l’équilibre profond qu’il y a entre l’homme et la loi et qui s’appelle l’Esprit.

 

L’Esprit

L’Esprit, c’est le cœur de nous-mêmes, c’est notre capacité de présence qui vient originellement du souffle créateur. Au commencement il y a le surgissement de la présence qui se manifeste dans la présence de tout ce qui existe et dans notre présence.

Lorsque nous avons respiré ensemble, au début de cet exposé, nous sommes rentrés dans les lois fondamentales de la vie et de la création qui sont les lois du pardon.  C’est la capacité de faire coexister l’exigence de la loi avec l’exigence de l’humain et de mettre en relation l’humain par rapport à la loi et la loi par rapport à l’humain.

Mettre cela en équilibre, c’est rentrer dans un monde que l’on répare, c’est rentrer dans des logiques de réparation, c’est surmonter l’irréparable.

Dans notre monde, nous commettons des fautes et des erreurs même sans nous en rendre compte, nous avons peut être tué et nous avons peut-être commis des choses d’une grande violence. L’expérience du pardon, c’est essayer de retrouver un équilibre dans un monde déséquilibré. Quand on s’y prend mal, on est trop dur ou trop faible, mais lorsqu’on s’y prend bien, cela donne quelque chose de juste.


La structure du pardon

Trois éléments permettent de structurer le pardon, le premier c’est la politesse, le deuxième c’est l’intelligence et le troisième c’est le salut.

La politesse

Je donne beaucoup d’importance à cette loi qui dit : « Excuse-toi ! », quand nous faisons quelque chose qui n’est pas bien, on nous dit : « Tu pourrais au moins t’excuser ! », ça ne parait rien, mais c’est totalement structurant au niveau de notre être. La prière est au fondement de nos relation sociales et de notre vie humaine parce que nous sortons de la sauvagerie et de la brutalité en demandant avant de prendre, c'est-à-dire, qu’en faisant rentrer du langage dans nos relations, nous sortons de la brutalité et j’aime cette phrase qui dit : « Ca ne te dérangerait pas de demander avant de prendre ? », ça change tout.

On a tous entendu dire : « Je te l’aurais donné, si tu me l’avais demandé », pour celui qui ne demande pas, l’autre n’existe pas, il n’y a que lui, et il n’existe pas lui-même parce qu’il est dépassé par ses appétits et ses impatiences, il est soumis à la logique du prendre dans toute sa brutalité. Ce qui est merveilleux, c’est de dépasser la logique du prendre pour rentrer dans le langage.

On dit que la société repose sur un contrat social et je m’aperçois, que pour les théoriciens du contrat social, le langage n’existe pas, c'est-à-dire que passer un contrat, c’est quelque chose qui se fait sans passer par le langage. Mais en fait, la société ne repose pas sur un contrat social, elle repose sur la demande et sur la prière, elle repose également sur le pardon. Quand on a fait une faute, le fait de s’excuser c’est sortir de la logique de la haine, quand on fait une faute et qu’on ne s’excuse pas, c’est qu’on a oublié l’existence des autres, mais quand on s’excuse, on revient sur cet oubli. C’est quelque chose de formidable car si on dit à quelqu’un qu’on est désolé de ce qu’on a fait et qu’on demande pardon, symboliquement on dit : « Ce n’est pas la peine de m’en vouloir parce que c’est moi qui fait le travail, ne m’accusez pas puisque je m’accuse moi-même». On comprend alors l’expression « faute avouée est à moitié pardonnée ».

Tous ces rituels ont du sens, lorsqu’on demande à quelqu’un de s’excuser, on le fait pour le guérir en lui faisant comprendre que s’il ne s’excuse pas, l’autre va lui en vouloir et cela finira par ressortir sous la forme d’une violence, tandis que si il s’excuse, il arrête la spirale de la violence.

Demander pardon, c’est quelque chose de magnifique et de salvateur pour la société et pour l’humanité.

Il est également très beau de donner le pardon, en donnant le pardon à quelqu’un, on peut lever la logique de l’accusation. On peut laisser quelqu’un s’accuser sans arrêt et laisser s’installer la logique de la culpabilité, cela s’appelle la vengeance et cela redéploie la logique de la violence au lieu de l’arrêter.

Ce qui est beau dans la relation de politesse où on s’excuse et où on excuse, c’est qu’on construit ensemble les moyens de surmonter la violence collective. La société c’est quelque chose qui est vivable parce qu’on répare ensemble, en permanence, l’humanité que nous avons tendance à casser par nos fautes et nos erreurs.

La politesse, c’est ce qui se passe quand on n’a pas de cœur, il y a au moins des règles. Quand on a du cœur, on n’a pas besoin de règle, mais quand le monde n’est pas réglé par le cœur, il y a au moins les règles de la politesse qui permettent d’introduire de la conscience dans une société sans conscience.

 

L’intelligence

Le pardon est également lié à la logique de l’intelligence. Pour sortir des mécanismes de malédiction dans lesquels nous risquons tous à un moment de nous enfermer, il n’y a pas autre chose que le pardon, tout le monde le sais, tout le monde a pu le vérifier. L’histoire le sait et l’histoire la vérifié, la haine appelle la haine, la violence appelle la violence, le meurtre appelle le meurtre. René Girard appelle cela « la peste » et il dit que c’est quelque chose qui dévore l’humanité.

 C’est la logique de la vendetta qui est un système social et culturel bâtit sur la haine où durant des générations, sans savoir pourquoi, on se hait les uns les autres et on se tue les uns les autres.

Ce qui permet de sortir de là, c’est le début de la miséricorde, c’est le génie du cœur et cela repose sur une logique de la vie qui consiste à dire : « Cela fait des années qu’on vit dans la haine, le meurtre et les tragédies, si on continue, on va tous mourir et il faut donc absolument qu’on s’arrête».

A un moment, il faut pardonner, cela ne veut pas dire qu’on oublie ou qu’on efface, cela veut dire qu’on passe à autre chose, qu’on va essayer de construire au lieu de détruire, et cela, c’est du génie à l’état pur. Il n’y a pas plus intelligent que cette vision des choses parce que ça arrête la logique de la malédiction et de la brutalité.

La malédiction, c’est le fait de mal dire, c’est le fait de voir le mal et de tout ramener au mal. Quand on situe tout par rapport au mal, on devient l’otage du mal et le mal se sert de nous et agit à travers nous.

Comme le dit Paul Ricœur : « Le mal c’est ce que personne n’a commencé mais que tout le monde continue. » Le mal devient exponentiel, il prolifère et nous finissons par être tous maudits, on veut éviter le meurtre et finalement on devient des assassins. 

La seule manière de sortir de là, c’est une rupture, c’est le fait de passer sur un autre plan et de dire : « On arrête !».

Cela c’est le pardon, parce que c’est aller par-delà le don, c’est aller par delà la loi archaïque de l’humanité fondée sur le donnant-donnant.

En nous, cela s’exprime sur le mode de la justice, c'est-à-dire qu’il est juste que tu me donnes ça si je te donne ça et il est juste que je te donne ça si tu me donnes ça. La logique du don et du contre-don amène la justice primaire et sociale, mais elle peut aussi amener l’injustice et ne permet pas de sortir d’un enfermement dans la malédiction. A travers les logiques de la violence il y a le don et le contre-don : « Tu me respecte, je te respecte », « tu m’as fait ça, je te fais ça », « œil pour œil, dent pour dent », là on est dans une logique primaire qui a son intérêt mais qui peut nous amener à la peste qu’est la violence.

Le pardon, c’est arrêter d’être dans la logique du donnant-donnant et dire : « Je ne vais pas attendre que tu me demandes pardon pour te pardonner, j’arrête, je passe à un autre niveau et je ne demande rien en retour. » A ce moment là, on n’arrête pas parce que l’autre arrête, on arrête de toutes façons et on est dans quelque chose de désarmant.

En général, la violence apparaît quand il y a quelque chose de violent en face d’elle, mais quand il n’y a pas de violence, elle n’a pas lieu d’exister. Dans le processus de pardon on rentre dans un autre monde qui est le monde de l’intelligence à l’état pur, cette intelligence a marqué l’histoire du monde.

Pendant des siècles, les Allemands et les Français se sont fait la guerre. Le résultat de la seconde guerre mondiale a été de dire que si on continuait à se haïr avec les allemands, on allait rééditer cette guerre atroce dans laquelle nous avons tous été embarqués. Donc il fallait absolument que les ennemis d’hier deviennent les amis d’aujourd’hui.

A la base de l’Europe, il y a le pardon.

Mon père a été dans les camps de concentration parce qu’il était résistant et il a insisté pour que ses enfants apprennent l’allemand et aillent en Allemagne pour voir les ennemis d’hier. Quand les américains sont venus le libérer, on lui a mis un révolver dans la main et on lui a dit qu’il avait le droit de tuer son geôlier, son compagnon de prison l’a fait, mais lui ne l’a pas fait. Il était bien dans une logique de paix, quand on a vu les atrocités de la guerre, on a un sens profond de la paix.

Nelson Mandela a également manifesté ce sens du pardon, il aurait pu déclencher une guerre civile pour se venger des souffrances liées à l’apartheid, mais il a compris que s’il faisait cela tout le monde allait régresser et personne ne gagnerait rien, il était urgent de pardonner, c'est-à-dire de passer sur un autre plan et de ne pas continuellement revenir au passé.

 

Le salut

Le pardon, ce n’est pas simplement la politesse et l’intelligence, c’est ce qu’on peut appeler le « salut ». C’est le geste absolu qui sauve l’humanité et qui vient du plus profond du cœur, de la spiritualité et de l’humanité.

Le salut c’est ce qui se passe quand je pardonne à quelqu’un qui ne demande pas pardon. Je me suis souvent demandé comment on pouvait pardonner à quelqu’un qui avait fait du mal et qui en plus ne demandait pas pardon et cette réponse m’est venue : faut-il que la personne soit mal pour n’être même pas capable de demander pardon.

On est devant l’énormité d’un monde totalement perdu, à ce moment là on va avoir une sur-intelligence qui va nous amener sur un autre plan en réalisant que si je ne pardonne pas à cette personne qui ne demande pas pardon, on est tous fichus.

Ce qui fait que le monde peut exister, c’est qu’il y a des êtres admirables qui sont capables de voir la misère humaine et l’abîme de cette misère.

La miséricorde, c’est ce que fait Dieu quand il voit le monde. Le monde va tellement mal, les hommes sont tellement perdus, il se passe des choses tellement graves tous les jours et à tous les niveaux, qu’il faut premièrement passer sur un autre plan et deuxièmement avoir beaucoup d’amour pour cette humanité qui ne le mérite pas et qui a d’autant plus besoin d’amour qu’elle est dans l’obscurité la plus complète.

Le monde tient parce qu’il y a des êtres sublimes capables de garder la lumière au milieu des ténèbres et capables de ce geste qui sauve.

Normalement, il faudrait respecter la justice, respecter les règles de rigueur, mais les choses vont tellement mal qu’il faut aller au-delà de la justice et de la rigueur, il faut d’abord sauver les hommes, il faut d’abord sauver le monde, ensuite on verra pour la justice, ensuite, on verra pour demander pardon.

La conscience du pardon est la plus haute conscience thérapeutique qui soit par rapport à l’état de détresse de l’humanité. Quand on est en état de détresse, il y a des gestes de première urgence à faire et c’est de dire que d’abord on va sauver les hommes et ensuite, on verra.

C’est pour cela que le Christ dit souvent dans les Évangiles que dans le royaume de Dieu, nous aurons un sentiment d’injustice et en y voyant des êtres qui à nos yeux ne méritaient pas d’y entrer. Vous avez là la réponse, c’est que dans une logique du salut on va au-delà de la justice. La logique du salut, c’est comprendre que l’humanité va tellement mal, qu’il faut absolument l’aimer, ensuite on verra pour le reste.


Conclusion

Rentrer dans la logique du pardon, c’est fondamentalement, rentrer dans la logique selon laquelle le monde peut être réparé, le monde peut être sauvé. Il est très important que les hommes sachent que dans ce monde qui va si mal, les forces de réparation et de salut sont plus fortes que ce qui va mal et il y a cette parole magnifique de Saint Jean : « Saches que si ton cœur te condamne, l’amour de Dieu est plus grand que ton cœur. »

 

 Questions/ réponses

 

Question : La phrase « le monde peut être réparé » est magnifique

B.V. : Cette phrase ne vient pas de moi, elle vient d’ailleurs et elle m’a été donnée lorsque j’écrivais sur la miséricorde.

 

Question : Que pensez-vous de cette phrase entendue sur KTO : « Le pardon c’est d’aimer, quand on ne peut pas aimer, il faut vouloir aimer et quand on ne peut pas vouloir aimer, il faut avoir le désir de vouloir aimer et c’est ce désir qui peut aider ».

B.V. : Je ne suis pas tout à fait d’accord avec cela, parce qu’on demande aux gens des choses impossibles, on est dans le  « il faut » et c’est quelque chose qui m’embarrasse. On ne peut pas dire de but en blanc à des jeunes filles qui on été violées « Il faut aimer, il faut vouloir aimer et désirer vouloir aimer », c’est trop violent, il y a quand même des gens qui on vécu des atrocités, à certains, on a demandé de tuer leurs parents. Comment peut-on demander d’aimer ceux qui font ces atrocités ?

Ayons une logique plus humaine qui consiste à dire qu’il y a des atrocités qui se passent, mais qu’il faut absolument arrêter le processus.

Personnellement, je ne demanderais pas d’aimer, mais d’arrêter de ruminer tout cela et de se fixer ailleurs.

Par ailleurs, j’aime bien cette idée de dire que la prière ça aide et que Dieu est capable de faire ce que nous ne pouvons pas faire. Il est très beau de dire à Dieu : « Voilà, moi je vais faire une partie du travail en ne poursuivant pas ces gens là de ma haine, mais pour le reste, j’ai besoin de toi, de ton amour, de ta force et de ta lumière. » Décider d’être dans la non vengeance, c’est déjà bien.

 Un résistant qui avait été dénoncé par un voisin et déporté, était revenu dans son village et vivait non loin de  celui qui l’avait dénoncé, on lui demandait comment il arrivait à vivre près de lui et si il n’avait pas envie de se venger. Il répondait « je n’ai pas envie de me venger, je le laisse ». Lorsqu’on dit « laisse-le ! », cela veut dire : « Laisse la vie se charger de l’éduquer et de le punir », et ce que l’on peut faire, c’est ne pas se venger.

Je pense que Dieu peut aimer les criminels, pour nous, c’est toute l’humanité que l’on peut aimer. Lorsqu’on est une jeune femme et qu’on a subit un viol, ce qui permet de s’en tirer, c’est de placer les choses à un niveau global et de voir la misère de l’humanité, la misère sexuelle des hommes, et à ce moment là, ce n’est plus un homme qui m’a violé moi, c’est au-delà, c’est notre obscurité, c’est notre ignorance notre faiblesse, la violence et la misère dans lesquelles on vit.

Tous les processus de résiliences sont fondés sur la transposition dans un autre plan. Par exemple, il y a des gens qui vont créer une association pour aider ceux qui ont vécu la même chose qu’eux. A ce niveau, aimer veut dire ne pas se venger et passer sur un autre plan.

Dans l’analyse marxiste de la condition humaine, il y a des choses intéressantes qui disent que le problème individuel doit être placé dans une dimension globale et il faut apercevoir que derrière l’acte d’un individu, il y a un problème social, politique, culturel, et j’ajoute spirituel. Lorsqu’un homme viole une femme, il y a la misère masculine, la misère sexuelle, la misère spirituelle et l’échec d’une culture et d’une politique. Il est intéressant de replacer les choses, parce que là, on rentre dans une logique intelligente de non-vengeance et petit à petit on se rapproche de quelque chose de magnifique qui est de dire que cette humanité malade a absolument besoin d’être aimée.

 

Question : Dans le Notre Père, parmi les 4 demandes, il y a tout de même une demande de pardon. Comment interpréter cette demande ?

B.V. : Dans le Notre Père, il est intéressant de voir qu’il y a une montée et une descente, Notre Père qui est aux cieux, que Ton nom soit sanctifié, que ton règne vienne, que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel, on est dans le nom de Dieu, et ensuite on descend. Moi, j’ai la traduction orthodoxe qui dit : donnes-nous aujourd’hui notre pain substantiel, remets-nous nos dettes comme nous les remettons à nos débiteurs, gardes-nous de succomber à la tentation et délivres-nous du malin. Je sais qu’en Europe on dit : Pardonnes-nous nos offenses comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés.

Sur la question du pardon, je vois deux possibilités, dans la vision orthodoxe, on n’est pas dans la logique du pardon, remettre les dettes, c’est arrêter de poursuivre les gens sans arrêt pour leur faire payer quelque chose.

Souvenez-vous de ce passage de l’Évangile où un serviteur doit une grosse somme à son maitre, il va voir son maitre et lui demande de lui remettre sa dette, son maitre lui remet sa dette, mais dès qu’il est sort, il voit quelqu’un qui lui doit une somme infime et il lui saute dessus en lui demandant de le rembourser.

Nous voyons que le maitre a fait grâce à cet homme mais que lui ne fait grâce à personne. Je crois que la demande qui est faite à Dieu c’est de nous délivrer des logiques de persécution dans lesquelles nous sommes.

En ce qui concerne le pardon à un moment Pierre demande au Christ : « Combien de fois dois-je pardonner ?  7 fois ?» et le Christ lui répond qu’il doit pardonner 77 fois 7 fois, c'est-à-dire qu’on doit pardonner en surabondance.

Ceci renvoie à quelque chose de très profond,  il faut que les êtres soient nourris de l’intérieur et il faut surtout demander à Dieu de sortir des logiques de persécutions qui font que l’on s’en veut les uns aux autres, ou alors qu’on pardonne chichement.

Dans l’Évangile, il est dit que le royaume des cieux est comme un grain de sénevé qui produit au centuple, c'est-à-dire qu’il est dans la surabondance.

Vivons dans la surabondance et non pas dans des logiques mesquines et médiocres où on se poursuit les uns les autres et où on se pardonne chichement.

Les paroles extraordinaires du Notre Père libèrent l’homme de la malédiction. Ce qui est terrible, c’est quand les hommes n’arrivent pas à pardonner et qu’ils sont enchainés dans cette absence de pardon.

Lorsque ma mère était dans une maison de moyen séjour, en allant la voir, j’étais tombé sur une personne ayant la maladie d’Alzheimer qui s’est mise à hurler en me voyant et qui disait : « Monsieur, sortez ! Sortez ! »  Lorsqu’une infirmière lui a demandé pourquoi elle faisait cela, elle a répondu : « Oui, je suis méchante parce qu’on a toujours été méchants avec moi » Elle était enfermée dans cette logique de méchanceté.

 

Question : Les gens ne sont pas forcément sensibles au pardon, la violence vient parce qu’ils ne savent pas, peut-être que si on leur expliquait un peu plus, ça irait mieux. On a une responsabilité les uns envers les autres et ce que l’on sait, on pourrait le transmettre aux autres.

B.V. : Il faut bien voir que le pardon scandalise notre monde, la réaction que l’on entend toujours à l’égard du pardon est : « C’est trop facile ! ».

C’est une logique tout à fait humaine, et vous avez raison de dire que les gens n’ont pas compris. Ils n’ont pas compris l’extraordinaire intelligence qu’il y a derrière le pardon et la capacité de rompre d’une manière totalement révolutionnaire avec les logiques de malédiction, ce qui donne à la notion d’amour la dimension de la plus haute science. L’amour est une haute connaissance, introduire de l’amour  dans le monde, c’est élever extraordinairement le niveau.

Aujourd’hui, on parle beaucoup d’éducation, mais arrêtons de parler d’éducation et parlons d’enseignement, le problème d’aujourd’hui n’est pas la crise de l’éducation, c’est celle de l’enseignement. Le Christ n’a pas éduqué, il a enseigné.

 Il faut distinguer l’éducation, l’instruction et l’enseignement. L’éducation est sociale et sociétale, c’est la politesse, on respecte les règles qui permettent de vivre avec nos semblables, il y a des gens qui sont bien éduqués et d’autres qui sont mal éduqués.

L’instruction, c’est l’apprentissage des savoirs fondamentaux, lire, écrire, compter.

L’enseignement, c’est l’élévation du niveau de conscience par une relation maitre / disciple qui fait qu’à un moment, dans le secret de la relation personnelle, on introduit quelqu’un à la signification même de la Présence et de l’Esprit. Il nous faut des maitres qui nous apprennent à être présents.

Ace moment là, dans la Présence, on devient médecin les uns des autres, c’est ce qui se passe lorsqu’on ne juge plus et qu’on agit.

 

Question : Pensez-vous que pour être dans sa plénitude, le pardon doit avoir les deux faces de la médaille, à savoir une personne qui demande pardon et une autre qui donne le pardon ?

B.V. : On peut dire que vous avez magnifiquement répondu vous-même à la question que vous posez. Vous avez tout à fait raison, le pardon s’inscrit dans la logique de la demande et du don, ce n’est pas simplement demander pardon, c’est aussi donner le pardon.

Là, on est devant une œuvre où on reconstitue à deux le tissu de l’humanité. Parfois, pour aider les gens, il ne faut pas simplement leur pardonner, mais aussi leur dire qu’il faut qu’ils demandent pardon. Dans l’éducation, ce sont les parents qui apprennent aux enfants qu’ils doivent demander pardon,  mais il y a aussi le fait de dire à quelqu’un qu’il a tors de ne pas pardonner à quelqu’un qui lui a demandé pardon, car s’il ne donne pas son pardon, il va désespérer  la personne.

Dans la relation entre la demande et le don, d’un côté on sort de la brutalité, de l’autre on sort du désespoir. Nous pouvons devenir des hommes et des femmes qui sortent l’humanité de la brutalité et du désespoir, et là, on est dans la plénitude. Vous avez tout à fait raison, il faut les deux faces. 

 

PS. Si cet article vous a plu et si vous pensez que cela peut intéresser d'autres personnes, cliquez sur «j'aime» et partagez le, merci :).

 

 

Cours de théologie morale par Bertrand Vergely

                 Introduction à                 l'éthique de la vie créatrice

 

Une véritable formation en 24 leçons

"le Système clef universel du succès" de Charles Haanel

Apprenez à utiliser le pouvoir de la pensée dans la vie quotidienne

Restons en contact