Bertrand Vergely

Introduction à l'éthique de la vie créatrice

Théisme et athéisme

retrouvez ICI un extrait de la conférence

 

La morale chrétienne est une morale qui est par delà le bien et le mal, mais pas du tout comme cette tentative d’aller par delà le bien et le mal que l’on trouve chez Spinoza ou bien chez Nietzsche. C’est en fait une tentative parfaitement originale d’aller par delà le bien et le mal, et donc par delà Dieu et l’absence de Dieu.

Par delà le bien et le mal

Par delà le bien et le mal ne veut pas dire n’avoir aucune conscience du bien et du mal. Si je vais par delà le bien et le mal et que je fais le mal, je ne suis pas du tout par delà le bien et le mal. C’est la confusion dans laquelle se tiennent par exemple, les truands notoires comme Jacques Mesrine,  l’ennemi numéro un qui s’était fait photographier en lunettes noires avec une mitraillette et qui pensait être au-delà du bien et du mal. Il ne l‘était pas du tout, il pratiquait le mal, c'est-à-dire la transgression et la négation de l’interdit.

La notion de par delà le bien et le mal intervient dans la réflexion philosophique lorsque certains penseurs commencent à se rendre compte qu’être dans le bien et le mal risque de nous faire passer totalement à côté de la morale à cause du conformisme moral. Ils commencent à sentir que l’important n’est pas d’avoir une morale mais d’être moral.

Par delà le bien et le mal, c’est la différence qu’il y a entre avoir une morale et être moral. Avoir une morale veut dire que la morale est quelque chose d’extérieur que je ne vis pas, et je peux, finalement sans morale, être moral. Si la morale consiste à suivre une règle donnée, à un certain moment, si je suis dans la règle, je suis quitte avec la morale. Dans ce cas, Nous avons affaire à ce qu’on peut appeler l’hypocrisie de la vie.

Nous comprenons ici, pourquoi le Christ réveille les pharisiens en leur disant qu’ils sont des hypocrites et pourquoi il critique, non pas la loi, mais son extériorité, qu’elle soit juive ou non juive, c'est-à-dire ceux qui pensent que la morale est une affaire de règles.

Aujourd’hui quand on ne veut pas de la morale, on dit que c’est un ensemble de règles données par la société, un peu comme un code de la route ou la politesse, ou bien on dit que chacun a sa propre morale. Ceux qui parlent ainsi ne s’intéressent qu’à leurs intérêts personnels.

Commencer à dire qu’il faut aller par delà le bien et le mal, c’est dire qu’il ne faut pas faire de la morale une affaire de bien.

Il en va de la morale comme de la pensée, si penser consistait à bien penser, cela voudrait dire qu’on place au dessus de la pensée une « bonne pensée » donnée avant la pensée. Mais ce n’est pas parce qu’on « pense bien » que l’on pense, c’est parce qu’on pense.

Il n’y a pas de bonne pensée, il y a une pensée ou il n’y a pas de pensée. Quand il y a une pensée, il y a une pensée qui pense, qui médite, qui est profonde. Il en va de même pour la morale, il n’y a pas de bonne ou de mauvaise morale, il y a la morale ou il n’y a pas la morale. 

Par  delà le bien et le mal veut dire qu’il va falloir faire quelque chose de plus profond que d’être dans le bien.

Deux pensées essayent d’aller par delà le bien et le mal, ce sont celle de Spinoza et celle de Nietzsche.

La pensée de Spinoza

Elle est énoncée à la fin du livre 1 de « l’Ethique », Lorsque Spinoza défini ce qu’est Dieu, à savoir un infini d’existence, il explique que Dieu est par delà le bien et le mal. Cela veut dire que Dieu est la réalité même et quand on est l’existence même, on est par delà le bien et le mal.

Par là même, la morale de Spinoza, c’est de devenir l’existence même et cela s’appelle une éthique.  L’éthique fait que je me donne comme règle d’existence le fait même d’exister selon mon essence, en essayant d’être conforme  à ce qui est en moi.

Spinoza pense qu’il n’y a eu qu’un seul vrai philosophe au monde, c’est le Christ qui a été la Vie et la réalité mêmes.

La pensée de Nietzsche

Nietzsche entend aller par delà le bien et le mal par une  morale créatrice, artistique, esthétique. Il est en quête de l’être vivant, et de l’individu fondamental créatif, il pense que la philosophie devrait être extraordinaire et que le philosophe devrait avoir des pensées extraordinaires. Mais où est cet être extraordinaire ?

Personne ne vit plus la philosophie extraordinairement comme la vivaient les présocratiques et en particulier Empédocle qui était un être stupéfiant. Personne ne vit plus la philosophie ainsi parce qu’elle est devenue politique et idéologique, elle veut régler la citée et les hommes parce qu’elle a peur du chaos et elle essaye d’ordonner le chaos dans lequel on vit, c’est contre la philosophie de Platon que Nietzsche s’élève.

Bien évidemment, nous souhaitons tous vivre en dehors du chaos, mais il faut se méfier car à force de vouloir trop bien faire on pourrait perdre l’essence de  l’engagement philosophique. Chez Nietzsche,  cet engagement, c’est la vie extraordinaire et celui qui vit extraordinairement, c’est l’artiste, c’est pour cela que Nietzsche met l’art au dessus de la vérité et souhaite que le philosophe devienne un artiste.

Le philosophe artiste de Nietzsche, c’est celui qui devient la Vie même.

L a morale chrétienne

IL y a là une intuition très profonde, essayons de comprendre ce qui distingue Spinoza et Nietzsche du  « par delà le bien et le mal » que l’on trouve dans la morale chrétienne. IL faut agir en deux temps, il y a une richesse qui nous est donnée premièrement dans la bible, deuxièmement dans les Evangiles que l’on ne trouve pas chez Spinoza et chez Nietzsche malgré le côté remarquable de leur intuition et de leur intelligence.

Ce  qui est admirable dans la bible, c’est l’histoire qui est derrière le bien et le mal et c’est la façon dont cela est introduit. Le texte de la Genèse est un texte de libération qui s’adresse à chacun d’entre nous dans une relation intime de Personne à Personne et de « Je » à « Tu ».

Ce texte nous explique ce qu’il faut faire ou plutôt, ce qu’il ne faut pas faire si on ne veut pas être perdu.

Au centre du jardin d’Eden, se trouvent l’arbre de Vie et l’arbre de la connaissance du bien et du mal. Il est demandé à l’homme de ne pas consommer de l’arbre de la connaissance du bien et du mal, sinon, il va muter.

On peut interpréter les choses de la manière suivante : il est important pour l’homme de commencer par le commencement et de ne pas commencer par la fin. Le commencement doit être un véritable commencement, l’homme aura la connaissance du bien et du mal ainsi que du jugement, mais avant, il doit avoir vécu, il ne faut pas juger avant de vivre, c’est de l’intérieur de la vie que se forme le discernement.

Il faut pouvoir effectivement comprendre ce que veulent dire le bien et le mal. Si on ne vit pas les choses de l’intérieur dans le discernement spirituel, on vit à l’envers et on pervertit totalement l’essence de l’expérience religieuse, c'est-à-dire de l’expérience vivante.

Il faut que l’homme devienne un ultra vivant et qu’il aille dans la vie de la Vie, dans la lumière de la Lumière pour comprendre des choses aussi importantes que les notions de bien et de mal, de discernement et de jugement. Les choses doivent venir de l’intérieur du vivant.

L’erreur que font les hommes, c’est qu’ils veulent aborder tous les grands thèmes de l’existence en oubliant complètement de devenir vivants, c'est-à-dire rentrer à l’intérieur d’eux-mêmes et y découvrir ce qu’il y a de plus intime qui n’est pas simplement eux-mêmes, mais le « plus que tout » et l’Amour divin.

Dieu est la Vie de la vie, comme le dit Saint Augustin : «  En moi, il y a cet autre qui est tellement plein d’amour de feu et de lumière qu’Il me veut vivant, et c’est avec Lui que je dois dialoguer pour accéder à la connaissance. »

Là nous sommes dans une extraordinaire relation à la vie. Le problème majeur de l’humanité, c’est d’oublier la lumière de la vie et de ne pas aller dans la connaissance de la vie pour tout vivre.  Pour vivre véritablement, nous devrions nous préparer à être des plus que vivants pour donner à chaque instant de l’existence ce caractère étincelant, fulgurant, lumineux et saint.

La sainteté, c’est l’état de celui qui est plus que vivant à chaque instant et qui laisse passer le plus que vivant à l’intérieur de lui-même avec un amour infini pour chaque chose.

Ce qui distingue Spinoza et Nietzsche du texte biblique, c’est une histoire dense et profonde qui permet de comprendre comment il faut agir pour devenir la Vie même.

Aller dans le plus que vivant veut dire que l’homme rentre dans son féminin intérieur, et dans sa réceptivité. Le drame de l’humanité, c’est qu’elle se laisse voler sa réceptivité par l’esprit rampant qui est l’esprit primaire, rusé, malin et qui est le premier esprit en nous. On dit souvent que le premier cerveau de l’homme est le cerveau reptilien qui veut capter les choses.

Le féminin intérieur, c’est l’esprit spirituel, l’intuition profonde qui nous met en état de communion. L’homme est en état de haute connaissance lorsque s’ouvrant à son féminin intérieur, il peut recevoir le Verbe qui féconde et vivre ainsi une noce avec l’existence, laquelle démultiplie toutes choses et donne la connaissance divine, celle qui nous emmène au royaume des cieux.

Le royaume, c’est ce qui démultiplie toutes choses et qui fait que nous avons un débordement de lumière de feu, d’amour et de génie à propos de toute chose. Ce n’est pas dit chez Nietzsche et chez Spinoza, c’est recherché, c’est suggéré, mais ce n’est pas accompli. Dans le texte de la bible, en très peu de lignes, l’essentiel est donné et nous emmène au cœur de la condition humaine.

Plus loin que la morale

Mais encore faut-il aller au-delà, dans les profondeurs de l’existence, la chose la plus importante au monde, c’est de devenir des êtres vivants, mais ce n’est pas simplement pour être responsables et avoir une communion cosmique, c’est pour  vivre la Vie qui vit à l’intérieur de nous-mêmes.

Là nous avons des éléments pour une éthique authentique du christianisme, l’éthique de la vie qui fait que le Christ n’est pas venu nous apporter une morale, mais il est venu nous apporter la Vie parce qu’il est la Vie par excellence. Si on étudie le Vivant qu’Il est, nous voyons qu’en permanence, il laisse passer le Père, la source ineffable de la vie et Il est d’une totale obéissance et transparence par rapport à cette vie.

Notre monde recherche les éléments de l’éthique véritable, existentielle, profonde, à l’intérieur de la vie, mais tournant le dos au texte biblique, ne se laissant pas nourrir spirituellement par la vie religieuse, spirituelle et mystique, il ne se donne pas les moyens de pouvoir aborder cette expérience. Il recherche la vie sans se donner les moyens de la vie qui sont exclusivement religieux.

Si nous appelons vie religieuse, le fait de vivre de tout son être en faisant les choses religieusement dans un cadre à la fois institutionnel et humain qui nous le permet nous comprenons que les choses passent par la religion.

L’énorme erreur de notre monde, c’est de dire que la spiritualité c’est bien, mais qu’on n’a pas besoin de la religion et qu’il faut s’en débarrasser. Ce sont des propos totalement superficiels qui ont des conséquences dévastatrices. Le religieux veut dire faire religieusement les choses, cela veut dire qu’on se donne des cadres institutionnels très profonds qui permettent de donner un corps à l’expérience spirituelle, laquelle se fait dans une pratique du temps, avec une intériorisation de la vie pour ensuite connaître des états spirituels, mystiques et ineffables.

Mais au départ, il faut avoir quelque chose qui organise d’une manière forte et puissante l’expérience de la vie religieuse.

L’erreur de Spinoza et de Nietzsche, c’est d’avoir voulu la religion sans religion. En fait, ce sont des êtres dévorés par la quête du religieux qui ne comprennent pas ce qu’est le religieux authentique et qui croient pouvoir s’en passer. D’un côté, on risque de s’assécher, ou alors, comme Nietzsche de se fracasser.

Théisme et athéisme.

La vie en Christ est au-delà du couple théisme/athéisme et il faut comprendre ce que signifie ce couple.

C’est un couple politique qui a réduit la question de Dieu à une question politique, il y a un théisme profond, comme il y a un athéisme profond, et puis il y a un théisme et un athéisme superficiels.

Nous aborderons le théisme et l’athéisme superficiels, le théisme et l’athéisme profond et enfin, le dépassement en Christ du couple théisme/athéisme.

  • Le théisme et l’athéisme superficiels.

Le théisme politique

La question religieuse, spirituelle et morale est totalement phagocytée dans notre monde par une vision théologico-politique. En général, on ne peut pas vraiment avoir de discussion religieuse, ça ne sert à rien et ce sont des discussions sans intérêt et très décevantes parce que la réaction consiste à tout ramener à la dimension politique et à s’opposer pour des raisons politiques.

Le théisme politique, c’est ce qu’on peut appeler le dieu garant, le dieu garde-fous, le garant de la politique, de la morale, de la science, le principe adorateur.

L’athéisme politique, c’est le refus de ce principe adorateur qui s’exprime dans la formule libertaire anarchiste : « ni dieu, ni maitre. ».

En fait, le problème de la religion et de Dieu, c’est le problème du maitre, certains disent qu’il faut un maitre et d’autre disent qu’il ne faut pas de maitre, la vérité c’est que ceux qui disent qu’il faut un maitre, sont exactement les mêmes que ceux qui disent qu’il n’en faut pas. Quelque part celui qui dit « ni dieu, ni maitre » est un tyran qui s’ignore et celui qui est pour un maitre est un nihiliste qui s’ignore.

Nous sommes dans un monde de la méconnaissance,  de l’aveuglement, dans lequel les hommes ne se rendent pas compte de ce qu’ils font. Ils parlent de liberté et en fait il n’y a pas plus autoritaires que ceux-ci. Ils parlent de révolte, d’anarchie et d’anticonformisme, et en fait il n’y a pas plus conformistes que ceux qui tiennent ces discours.

Le théisme politique ne s’intéresse pas à Dieu, il utilise Dieu comme prétexte pour bâtir un ordre social et politique. La caricature de cela nous est donnée par Charles Maurras qui était catholique non pas parce que le Christ l’intéressait, mais ce qu’il aimait, c’était le pape et l’ordre romain, le pape un général en chef, les évêques des lieutenants, les prêtres  des fantassins et une vision autoritaire de tout cela.

Ce modèle politico militaire est présent dans toutes les religions, c’est la vision de Dieu comme père, mais ce père fait beaucoup penser au sur-moi  freudien, c'est-à-dire à une instance autoritaire qui dicte des devoirs et qui appelle à l’obéissance.

Cette vision du Dieu autoritaire est en apparence celle des chrétiens qui disent qu’il faut bien croire en quelque chose, qu’il faut bien ordonner les choses, mais finalement, quand on y pense, ceux qui ont développé au plus haut point cette vision du Dieu autoritaire, du père dominant tout, c’est Staline, c’est Lénine, c’est Mao, c'est-à-dire des êtres qui ne croyaient pas du tout en Dieu mais qui se sont quelque part transformés en dieux vivants durant leur époque.

On est là devant une tentation de l’humanité, le théisme, c’est la production de l’incroyance. La révolte antiautoritaire et antireligieuse commence dans la destruction de la religion et s’accomplit dans la fabrication d’une nouvelle religion.

 

La révolution française est une histoire religieuse dans laquelle il s’agissait de tuer Dieu pour remplacer l’origine divine de l’existence, de l’homme et du monde par une origine simplement humaine. Le résultat se trouve dans la religion de l’être suprême développée par Robespierre, l’être suprême étant le conglomérat de la nature et de l’homme, c'est-à-dire la réduction du mystère à son origine purement cosmique ou purement culturelle.

C’est un matérialisme humaniste et un humanisme matérialiste qui entend tout contrôler. C’est un système qui tourne en boucle et qui explique la vie par la matière, la matière par l’homme, l’homme par la nature. Il utilise la nature et l’homme pour pouvoir tout expliquer.

La science totale qui est aujourd’hui celle qui dirige notre monde, ramène tout à la matière, C’est l’humanisme, la culture et l’histoire qui expliquent la matière, c’est la sociologie qui ramène le mystère de la vie à ses bases matérielles et qui explique  les bases matérielles elles-mêmes par l’évolution sociale et historique. Autrement dit, ce qui explique tout, c’est la notion de société.

L’évolution de l’homme et de la société permettent premièrement d’expliquer la vie, et deuxièmement d’expliquer l’explication elle-même. Le culte de l’être suprême, c’est le culte de la société, c’est le culte de ce qui entend expliquer tout, et de ce qui entend même expliquer l’explication.

En fait, on est dans l’athéisme totalitaire qui est caché derrière un théisme. Au départ, le théisme, c’est l’image d’un dieu ordonnateur qui va tout expliquer et tout comprendre, et on s’aperçoit que derrière cette quête du maitre, on est dans un athéisme profond, c’est l’athéisme d’un homme total qui va tout expliquer.

L’athéisme démystificateur

Le théisme est un athéisme, mais l’athéisme lui-même est un théisme. Il s’exprime dans notre monde, en apparence,  par un côté libertaire et anarchiste « ni dieu ni maitre », mais celui qui dit cela est plus dieu que Dieu et plus maitre que Maitre.

Les maitres de notre monde sont ceux qui détruisent le Maitre et qui s’opposent à lui, ils sont encore plus tyrans que les tyrans et ils instituent une religion et un dieu. Le personnage nihiliste, c’est celui qui en niant tout, devient dieu et attise la puissance de la négation.

Ceux qui ont le pouvoir aujourd’hui dans l’ordre de la culture et de la pensée, sont ceux qu’on peut appeler les grands négateurs et qui ont la pratique de la négation. Dans l’art, nous avons affaire aujourd’hui à une puissance de négation énorme et cette puissance fascine.

Celui qui est capable d’être hyper provocateur fascine tout le monde. Le système a besoin de provocation pour pouvoir se légitimer. Il est tout à fait étonnant, par exemple, de voir la chambre du roi avec des bouées en inox et des personnages issus des BD de Walt Disney. C’est une provocation extraordinaire.

Dans un lieu de l’aristocratie, du roi soleil, de culture et de rayonnement, on introduit de la dérision. Il y a là comme une forme de dénonciation, il s’agit toujours de dénoncer et de démystifier.

Celui qui dénonce et démystifie tout oublie une chose, c’est de démystifier le démystificateur lui-même, ce qui fait que l’on a affaire à la plus grande mystification qui soit derrière la démystification. Nous sommes entourés de mystificateurs démystifiant tout en pratiquant la délation et la dénonciation.

Il y a là des choses extrêmement graves car la délation et la dénonciation font avancer la violence, la cruauté et, par exemple, ce qui fait du mal aux femmes au nom du respect pour les femmes.

Nous n’avons n’a pas compris cela puisque le monde médiatique admire ces professionnels de la démystification qui en fait, sont les plus grands mystificateurs, ils  nous ont totalement enfermés dans ce monde et se font adorer comme des dieux vivants, des créateurs.

On pourrait gloser sur ces théisme/athéisme qui sont des autoglorifications du « moi » et où ceux qui les pratiquent, prétendent être les libérateurs et les émancipateurs de l’humanité, mais arrêtons là les propos négatifs car il faut comprendre aussi qu’il y a un théisme et un athéisme qui ne sont pas simplement vulgaires mais qui possèdent une certaine densité intellectuelle.

  • Le théisme et l’athéisme profonds

Le théisme profond

Le théisme réside dans la volonté de défendre un principe créateur premier agissant. C’est le théisme que l’on trouve chez Aristote lorsqu’il parle d’une cause première et explique qu’elle est à la base de toute chose. Le Dieu d’Aristote dérange beaucoup de gens, pourtant il y a là quelque chose d’important métaphysiquement.

La cause chez Aristote, c’est le principe agissant qui fait que ce qui est, est ce qu’il est.  Il y a une relation entre la spécificité vivante de chaque élément que l’on trouve dans la nature ou dans la vie sociale, et un principe agissant premier.

C’est important car cela ouvre les yeux de l’intelligence humaine. Ce qui fait que nous étudions le monde, c’est que nous pensons qu’il y a quelque chose d’intelligent dans le monde, si on pensait que le monde est profondément bête, nous ne chercherions pas à l’étudier.

Le mystère de tous les mystères, c’est que non seulement nous pensons qu’il y a de l’intelligence dans le monde, mais c’est que nous la découvrons. On dit que c’est l’homme qui projette son intelligence dans les choses, mais il faut tout de même qu’il y en ait pour qu’on puisse la trouver.

Ce n’est pas simplement l’homme qui rend le monde intelligent, c’est aussi le monde qui rend l’homme intelligent. S’il n’y avait pas quelque chose de puissant à l’intérieur de la nature, nous ne pourrions pas découvrir notre propre puissance.

La nature fait quelque chose, elle agit, elle ne reste pas statique, elle est évolutive, historique, la nature c’est une histoire. C’est une histoire qui n’est pas finie et dans cette histoire, il y a un évènement formidable qui est l’homme et qui la rend encore plus historique.

On voudrait se débarrasser du théisme métaphysique car il ne peut pas nous satisfaire totalement, mais il a quand même quelque chose qui n’est pas rien. Des grands penseurs  comme Aristote se sont battus pour rappeler qu’on ne vient pas de rien et que s’il n’y avait pas un principe supérieur agissant à l’intérieur de la nature, on ne pourrait pas être intelligents.

Les plus grands esprits métaphysiques ont pensé Dieu. Bien sur, la métaphysique ne nous donnera jamais la saveur que Dieu donne quand on le vit, mais dans le monde de la nuit, c’est une lumière qui s’est allumée et on s’aperçoit que Saint Augustin, Saint Thomas, les Pères de l’Eglise, mais également Descartes, Hegel et autres penseurs n’étaient philosophiquement pas athées. Ils ont tous pensé qu’il y avait quelque chose qui faisait penser, qui faisait vivre et qui était un principe agissant et illuminant.

Ne supprimons pas trop vite la métaphysique et ne disons pas trop vite du mal du dieu de la philosophie et du théisme, comme si le théisme se rapportait seulement à une idole intellectuelle. Ce n’est pas une idole, et on ne voit pas comment on peut penser le monde autrement.

L’athéisme profond

L’athéisme profond existe et on le voit comme une forme d’exigence et de purification. C’est une exigence héroïque d’essayer, à un moment, de se retrouver seul et de penser les choses avec sobriété. L’athéisme profond, c’est le fait de faire une traversé du désert et de passer par une phase d’épuration qui fait que je vais peut-être quitter un certain visage de Dieu pour me retrouver seul avec moi-même.

C’est ce qui fait que dans notre civilisation, il y a des moments où on peut se demander si la manière dont le religieux s‘est développé, n’a pas quelque part, nui au religieux lui-même. Saint Thérèse de Lisieux à qui on avait montré plusieurs images du Christ disait en regardant des images sulpiciennes « Dieu n’est pas là » et en regardant une icône : « Dieu est là ».

L’expérience de  l’athéisme profond, c’est peut-être parfois de dire « çà ce n’est pas Dieu et je n’en veux pas  ». C’est intéressant parce que cela veut dire que dans notre monde sans Dieu, il n’y a pas simplement quelque chose de totalitaire.

Oui, il y a du nihilisme, oui, il y a des choses totalitaires, mais il y a aussi quelque chose qui n’est pas de la haine. Il y a un athéisme qui n’est pas haineux, il y a des gens qui disent : «  pour le moment, je n’y crois pas et je n’en n’ai pas besoin », ils n’excluent pas qu’à un moment, ils ne puissent pas rencontrer Dieu, mais pour le moment, il leur paraît honnête de fonctionner sans Lui plutôt qu’avec Lui. Pensons par exemple à Albert Camus et à son rapport à la nature, à la beauté cosmique, à son sens de la souffrance et à son exigence d’authenticité et de vérité.

Cela peut aussi exprimer des choses que l’on trouve dans l’enseignement du Bouddha. La caractéristique de son enseignement est de réagir par rapport à la religiosité de son temps et de dire qu’il serait peut-être bon que les hommes arrêtent de se projeter en permanence dans des rites religieux pour faire silence, et revenir à la sobriété. C’est dans cette sobriété et cette nudité que l’on trouve une lumière éblouissante.

L’illumination existe dans le bouddhisme à partir du moment où il y a une forme d’épuration. Tout mystique dira qu’il y a un moment où Dieu se retire de sa vie, mais c’est le moment où il y a un approfondissement, comme un sevrage qui est fait lorsqu’on passe d’une vision superficielle et infantile, pour aller vers une vision profonde.

Cette expérience de la sobriété montre que le théisme et l’athéisme sont à la recherche de deux choses :

  • Un principe lumineux de l’existence.
  • Un principe de retrait et de sobriété.

La lumière d’un côté, le resserrement de l’autre, cela porte un nom, c’est l’apophatisme qui est magnifiquement exprimé dans la tradition grecque.

Le dépassement en Christ du couple théisme/athéisme.

Dieu se retire dans la Kénose pour permettre à la création et à l’homme de s’épanouir, d’aller dans leur liberté, et de manifester leur existence profonde. Le vide permet de libérer l’intelligence créatrice profonde et là nous avons un théisme et un athéisme renversés pour nous amener vers ce qu’on peut appeler la fontaine de bonté et le débordement d’être.

C’est la lumière créatrice qui se retient et qui en se retenant, devient encore plus jaillissante. Là, on est dans ce que notre monde cherche et qui est le cœur de la résurrection.

Nous avons parlé de la résurrection comme un arbre de vie, une croissance invisible. La résurrection, c’est le plus neuf que neuf, c’est une autre manière de fabriquer de la vie. Le Christ veut révéler au monde le plus neuf que neuf, Il vient planter dans le cœur de l’histoire les éléments qui permettent d’aller vers le plus neuf que neuf.

Réfléchir sur le théisme et l’athéisme, c’est réfléchir sur notre condition dans le monde historique et culturel. Nous connaissons un théisme terrible qui est un athéisme caché et un athéisme terrible qui est un théisme autoritaire qui n’ose pas dire son nom. Nous connaissons le drame de la violence totalitaire et tyrannique qui utilise les figures du maitre et de la contestation pour enchainer le monde.

Derrière tout cela, il y a aussi des choses très belles dans l’invisible, grâce à des témoins qui parlent de deux choses importantes : 

  • Le principe agissant superpuissant, lumineux qu’il y a derrière tout ce qui est, et les extraordinaires explorations culturelles, philosophiques, scientifiques et artistiques qui en découlent
  • Les expériences de rentrée en soi, de rassemblement, de densité, d’authenticité qui sont une autre manière de vivre ce principe agissant.

Nous pouvons vivre le principe agissant dans l’exubérance ou bien dans le rassemblement intérieur, dans cette écoute silencieuse très fine et très profonde qui nous amène à nous resserrer dans des sensations profondes.

Ce sont des expériences tout à fait originales et extraordinaires qui permettent de découvrir ce débordement d’être, cet enthousiasme, cette danse. Nietzsche recherchait Dionysos, le dieu de l’ivresse, de dieu danseur, le dieu poète, le dieu qui chante, il recherchait ce qu’on trouve chez Platon, la fontaine de beauté, l’exultation et la jubilation.

L’extraordinaire de l’Evangile et de la tradition des Pères nous permet de faire cette expérience par la vie liturgique, par la prière, par la vie spirituelle et par la vie en Christ. Ce n’est pas simplement une image poétique comme chez Nietzsche, ou bien un constat éthique, c’est plus que de l’éthique, plus que de la poésie, en fait c’est de la réalité.

La caractéristique du Christ, c’est d’être venu pour dire que tout ce que le monde avait pensé à propos de Dieu est vrai et que quand nous imaginons que Dieu existe, c’est vrai.

Michel Henry dit quelque chose de magnifique en parlant du Christ, il dit que le Christ est venu en disant qu’il n’y aurait pas d’autre signe que lui-même. Tout ce qu’on cherche sur Dieu est en lui et c’est extraordinaire car pour la première fois, nous comprenons que Dieu est là, qu’Il est présent, qu’Il est dans la vie, qu’Il est la Vie.

Théisme et athéisme sont la recherche du Dieu vivant et notre monde est assoiffé par cette recherche. Le drame, c’est qu’on a souvent enfermé Dieu dans un dieu sans Vie auquel on a répondu par une vie sans Dieu et où nous sommes enfermés dans un cercle où le dieu sans Vie répond à la vie sans Dieu et ou la vie sans Dieu répond au dieu sans Vie.

Derrière ces tensions, il y a une quête difficile et douloureuse du Dieu vivant et le Dieu vivant c’est ce que j’expérimente lorsque je vais dans le fond de ma vie. Je fais en moi-même la découverte du Dieu vivant qui veut que je sois vivant.

 

 


 

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Cours de théologie morale par Bertrand Vergely

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